samedi 12 décembre 2015

Un CIAT, un Collectif Indépendant des Art-Thérapeutes, Pourquoi ?


Cette aventure a commencé par un appel à mobilisation des art-thérapeutes, par une invitation à se réunir afin de penser ensemble les actions à mener afin de tisser le métier d’art-thérapeute. Le message présentait clairement de créer des rencontres entre art-thérapeutes de formations différentes, proposait une dynamique dans un réseau de professionnels mettant en œuvre des actions visant le tissage de notre métier, en lien avec le code de déontologie. Quelques signifiants de cette proposition pouvaient éveiller en nous le désir d’appartenance à un groupe ouvert à la discussion et aux attachements particuliers de chacun pour notre métier d’art-thérapeute. Nous pouvions dès lors nous interroger, notre métier manquerait-il de définition ? Il est vrai que nos librairies vantent les méritent de l’art-thérapie au grand public à travers des albums de coloriage, et que le discours courant renvoyé démontre du flou et ne marque pas de différence franche entre un atelier d’artiste, la médiation artistique ou l’art-thérapie. La première réunion s’est passée dans une grande motivation et un espace pour se dire, chacun a pu formuler ses préoccupations. Une certaine dynamique existait bien, et il semblait que nous puissions en faire quelque chose, à commencer par donner un nom au mouvement : Collectif Indépendant des artthérapeutes. Ces discussions ont fait ressortir des points communs dans les attentes des art-thérapeutes présents :
– Se rassembler et collaborer, créer des liens par le biais du réseau professionnel national et international,
– Travailler à la compréhension du statut d’art-thérapeute aujourd’hui et à l’exercice de ses fonctions, – Œuvrer pour le développement du cadre légal et statutaire de l’art-thérapie dans le champ de la santé,
– Étudier, partager, et écrire au sujet de la diversité des approches théoriques et déontologiques de l’art-thérapie.
Ainsi des actions et des mises au travail de recherche ont été proposées, chacun a pu s’inscrire dans une démarche active afin de construire davantage ce mouvement. Toutes les propositions de mise en action avaient pour objectif de tenir une dynamique et pourraient être reprises avec le recul nécessaire à toute construction.

Lors de la seconde rencontre, nous étions moins nombreux mais notre motivation restait entière. Nous avons cherché à comprendre ce manque ainsi visible et nous avons pensé que l’important était ce noyau existant et que nous devrions mieux définir le collectif Indépendant des art-thérapeutes afin de pouvoir rassembler autour de la même motivation. Cela a été notre fil conducteur pour ce regroupement de travail. Il a tout d’abord été évoqué le terme Indépendant de notre intitulé, qu’avons-nous voulu dire ? Ce collectif se veut indépendant de tout dogme, de toute théorie, qu’il est ouvert aux différences de pratiques.

Puis nous avons cherché à faire ressortir pourquoi ce collectif devait exister, perdurer, se construire afin de mener à bien ses missions. Il est ressorti de cet état des lieux :
– que lors des deux rassemblements, des art-thérapeutes disent leur isolement dans leur pratique, souhaitent faire du lien avec les réseaux de professionnels afin de lutter contre l’isolement peu porteur de leurs revendications,
– que les représentations collectives ou individuelles sur l’art-thérapie divergent, aussi la multiplicité des courants de pensée donne du flou sur les applications pratiques de cette discipline et met à mal la crédibilité des art-thérapeutes. Les tentatives de différenciation « démocratique » lorsque les art-thérapeutes présentent la singularité de chaque approche sont entendues comme un clivage alors que le Collectif Indépendant des Art-Thérapeutes vise à ce que l’on considère la diversité des pratiques comme un fait qui constitue l’artthérapie des temps modernes.
 – que les art-thérapeutes rencontrent des difficultés à entrer sur le marché de l’emploi malgré les certifications alors que sur le terrain, il y a un vrai besoin de prendre en compte les souffrances psychiques. Les EHPAD ne font-ils pas appel à nous face à l’inactivité qui inquiète ? Or, les moyens budgétaires semblent difficiles à obtenir. Dans le rapport du contrôleur général des lieux de privation des libertés (2014), il est déclaré qu’ : « il suffit de visiter, même rapidement, la plupart des unités pour prendre conscience de l'inactivité dans laquelle sont maintenues, pendant beaucoup de leur temps, les personnes malades. Les espaces et les personnels voués aux diverses thérapies possibles (ergothérapie, artthérapie…) sont très généralement insuffisants », assure le contrôleur en préambule de son chapitre sur « les enjeux de l’activité. » « Toute activité dans les unités de psychiatrie est naturellement subordonnée à décision médicale. Mais ce principe une fois acquis, se pose la question du volume et de la nature de ces activités. »* Nous constatons qu’il est difficile de trouver le bon accord emploi/employé.

Ce constat nous a amenés à définir un objectif global : Le collectif Indépendant des Art-Thérapeutes est constitué d’un ensemble de personnes concernées par la reconnaissance du statut d’art-thérapeute en France et à l’étranger et souhaitant soutenir et/ou participer aux actions collectives visant la cohérence déontologique et légale de la pratique professionnelle, indépendamment des préoccupations théoriques qui viennent éclairer nos pratiques. ».

Atteindre une finalité nécessite de passer par des objectifs et des moyens à mettre en œuvre à plus ou moins long terme, le collectif envisage différents axes d’action :
– Étudier, retranscrire et communiquer sur l’histoire et la géographie de l’art-thérapie en France et dans le monde,
– Définir l’art-thérapie : le collectif décide de considérer l’art-thérapie comme une discipline de soin psychique fondée sur une relation thérapeutique s’appuyant sur un processus créatif. Cette définition est envisagée comme provisoire, elle devra être reprise par un groupe de travail afin de l’enrichir et de la compléter dans le respect de l’éthique du Collectif. – Dégager les spécificités du métier d’art-thérapeute.
– Définir et informer sur les méthodes et les théories des différentes formations,
– Créer du lien, des partenaires, du réseau.
– Avoir le soucis d’un répertoire National des art-thérapeutes.
– Défendre la légitimé et le cadre légal de l’exercice de la pratique. Nous avons pu amorcer quelques moyens pour mener à bien notre mission :
 – Créer des groupes de recherche virtuels ou physiques. – Proposer un calendrier de rencontres formelles avec ordre du jour.
– Recueillir des témoignages afin d’appuyer nos demandes.
 – Organiser un colloque invitant les différentes formations à venir définir l’art-thérapie. Nous pensons définir un statut pour ce collectif permettant d'accéder à un cadre évaluable mais également permettant certain nombre d'avantages en termes d'organisation et de légitimité auprès des institutions concernées par nos actions. Nous rappelons ici les coordonnées que nous proposons et vous invitons à les diffuser largement.

Il est certain que pour mener à bien cette mission, nous avons besoin de vous, rejoignez-nous. Pour correspondre, contacter, participer : informations.ciat@gmail.com Pour s’informer : http://informationsciat.blogspot.fr/

Catherine Calop pour le CIAT

* article publié sur infirmier.com - « Psychiatrie : l'inactivité des patients inquiète » - extrait du rapport d’activité 2013, publié en 2014 par le contrôleur général des lieux de privation de liberté. 

lundi 7 décembre 2015

8e RENCONTRES de l'ARAT

            L’Association de Recherche en Art et Thérapie
En partenariat avec
Le Centre Hospitalier de Béziers
Présente

CONFERENCE3 : ART & FOLIE
                       Vendredi 29 janvier 2016



PROGRAMME* :

8h30 -  Accueil et inscriptions

9h15 Discours d’ouverture des 8e Rencontres
Discours de Mme Ulrich / Directrice du Centre Hospitalier de Béziers
Discours du Dr Geissmann / Chef de Pôle Psychiatrie du C.H.B.
Discours de M. Jean-Louis Aguilar / Président de l’ARAT

Modérateur : Jean-Louis Aguilar / Art-thérapeute au C.H.Béziers

9h45  « Hildegard von Bingen : nouage du féminin ? Une femme en création ? » (45’)
par Corinne Calvet-Curbaille, psychologue clinicienne au Centre Hospitalier de Béziers, psychanalyste.

Aller à la rencontre d’Hildegarde de Bingen c’est aller à la découverte d’une  singularité qui tente de se dire tout en s’extrayant par l’emploi d’une production, celle d’une œuvre multiple de ce qu’elle nous annonce comme vérité sur sa jouissance. Il faudra avant tout en passer par les chemins relatifs non seulement à une période historique qui en soi nous échappe, mais dont il faudra tout de même dire quelques mots, mais surtout revenir sur une production artistique peu commune broder autour d’une rencontre avec le réel. Elle saura employer les éléments du savoir transmis pour les mettre au service d’une cause divine et faire résonner pour nous ce qui de sa chair s’est épris de l’Autre par la lettre qui reste au centre de son écriture. L’hypothèse à ce travail se plaît à interroger la jouissance féminine dont Lacan1 nous dit ; « Cette jouissance qu’on éprouve et dont on ne sait rien, n’est-ce-pas ce qui nous met sur la voie de l’ex-sistence ? Et, pourquoi ne pas interpréter une face de l’Autre, la face Dieu, comme supportée par la jouissance féminine ? » 
1 Jacques Lacan, « le séminaire livre xx, Encore », p 71, Paris, Seuil, 1975
Questions : (10’)

10h40 -  Pause-café (20’)                                 

NOUVEAUTÉS :
·        Une table est mise à disposition des intervenants pour présenter leurs publications.
·        Une exposition des œuvres des adhérents de l’ARAT sera visible à la pause.

11h00  « Casanova, de la séduction à la perversion » (60’) par le Dr Annie Boyer, Psychiatre, licenciée en histoire de l'art, titulaire d'une maîtrise d'histoire.

Jacques Casanova n’est pas un mythe mais un humain qui met en scène sa vie. Dans ses  « Mémoires », écrites à l’âge de 72 ans, il relata les multiples aventures de sa vie, ce qui lui permit d’éviter la paranoïa et de lutter contre la dépression. Les relations aux femmes, comme plus tard l’écriture ont été pour lui une protection contre l’éclosion de la psychose. La lecture de ses « Mémoires », montre comment les abus subis dans son enfance, les séductions précoces, ont orienté sa relation à la femme, au féminin. La séduction ainsi inscrite en lui, la jouissance devenue impérieuse et sans limites, Casanova est amené à devenir lui-même un prédateur.
L’écriture a-t-elle été pour lui une sublimation, une rédemption ou une simple répétition ?

Questions : (10’)

12h10 -  Déjeuner                                                                      

14h00 « Gérard Garouste, la diagonale du fou » (1h15') par le Dr Pierre Boquel, médecin psychosomaticien, Directeur du Centre de Psychosomatique Relationnelle de Montpellier.

Il s’agit de suivre à travers chaque visage pris par Gérard Garouste, le parcours d’un fils, d’un peintre, d’un fou ; trois facettes d’un seul être « intranquille » car lancé dans un combat contre les déterminations de son histoire et celles de la pathologie mentale ; un combat contre un destin en forme d’impasse façonné par le générationnel et le biologique

Dans cette lutte, le processus de la création est à la fois une arme et un traitement par le déploiement d’une géométrie et d’une dynamique de l’imaginaire. Il va prendre tour à tour la forme de la peinture, de la construction d’imposants dispositifs ainsi que celle de  l’écriture. Ainsi, l’artiste insoumis va mettre en place les figures susceptibles d’articuler les pièces d’une fantastique machine d’élaboration, se situant sur une frontière commune mais tenue entre l’intuition créatrice et la folie. Il lui faudra alors éviter les extrêmes afin que, paradoxalement, ces deux points ne fusionnent et que le délire ne démantèle l’ensemble de l’édifice. L’émotion et la pensée seront des facteurs déterminants, faisant évoluer le créateur aux confins du psychique et du somatique, du subjectif et du normatif, du corps et de l’âme.

La méthode choisie pour cette exploration est celle du croisement des trois domaines utilisés, la peinture, le langage, l’architecture, relevant chacun d’une sémiotique différente mais convergeant vers un même processus où l’espace et le temps se confrontent aux données de la pathologie.

Questions : 15’

15h30 « Niki de Saint Phalle : le grand rétablissement » (1h) par Michel Briat, peintre, art-thérapeute, psychologue clinicien.

Niki de Saint Phalle est une sculptrice franco-américaine née en 1930 et morte en 2002. Elle est célèbre pour ses sculptures monumentales et colorées représentant des figures féminines, les « Nanas ».
Niki de Saint Phalle découvre la peinture dans une institution psychiatrique à l'âge de 20 ans.
Elle accorde à cette expérience une importance particulière : sa naissance en tant qu'artiste est une étape  cruciale sur le chemin de sa "guérison"
Elle n'a donc pas de formation académique, mais une confiance inébranlable dans sa puissance créatrice.
Comment cette entrée dans le monde de la création artistique va-t-elle influencer le parcours artistique de Niki ?
En rupture avec sa famille et son milieu (banquiers et vieille noblesse), elle trouvera toujours
les ressources nécessaires pour faire face aux aléas de sa vie de femme et d'artiste.
De plus elle s'engage sur des questions de sociétés (féminisme, lutte contre le sida, …)
Peut-on expliquer  la force de vie et de création de Niki par la confiance qu'elle accorde au pouvoir transformateur de l'art ?
Par les vertus thérapeutiques qu'elle confère à la création ?
Ces vertus qui, à ses yeux, l'ont sauvé de la folie,  elle les utilisera tout au long de sa vie  pour mener à bien son "grand rétablissement ".

Questions : 15’

16h45 - Discours de clôture par Jean-Louis Aguilar

17h00 - Fin des travaux

*Le timing de la journée ne peut pas être modifié pour des raisons de disponibilité de l’amphithéâtre.

Lieu : Centre Hospitalier de Béziers
           Espace Perréal (ancien hôpital)
           Espace Agora / Amphithéâtre Georges Brassens
           2 Bd Ernest Perréal ou 2 Bd Dr Mourut
           34500 BEZIERS

Participation aux frais d’organisation : 50€*
Agents C.H.Béziers : 25€*
*  (l’adhésion de 20€ à l’ARAT pour 2016 est offerte aux participants)

Soirée ARAT : repas  au restaurant 25€*
*Inscription  Conférence3 + soirée  75€

                                 **************************               
                                                        AFTER
19h30 - Apéritif ARAT
           Regroupement au Café « Le Cristal » sur les Allées Paul Riquet

20h - Soirée ARAT
        Restaurant « Le Patio » rue Française
(Le repas est à la charge des participants, le prix de 25€ est versé lors de l’inscription à la conférence).

Contact : Jean-Louis AGUILAR asso.arat@gmail.com
                                                     http://blogarat.blogspot.com

samedi 5 décembre 2015

CONFÉRENCE 3 : ART&FOLIE

Vendredi 29 janvier 2016


 Centre Hospitalier de Béziers
  Espace Perréal (ancien hôpital)
           Espace Agora / Amphithéâtre Georges Brassens
           2 Bd Ernest Perréal ou 2 Bd Dr Mourut
   34500 BEZIERS

Argument :
Faut-il être fou pour être artiste ?
L’artiste peut-il devenir fou ?
Autant de questions qui reviennent dans l’imaginaire populaire.

Je voudrais faire ici le distinguo entre Création et Art.
La création, c’est revenir à l’origine du monde, et du même coup revenir à l’origine du sujet !
Et l’on voit, au XIXe siècle, les médecins aliénistes qui se penchent déjà sur le travail obscur de création des fous.
Marcel Réja, dans son ouvrage « L’Art chez les fous », en 1907 se révèle être un précurseur remarquable de la « pathologie de l’expression ».

Puis, l’incontournable Dr Hans Prinzhorn dans son ouvrage « Expressions de la folie » en 1922 trace le chemin de ce qui deviendra plus tard la psychopathologie de l’expression.

La création, c’est un travail de survie face à l’anéantissement de l’être.
Dans les hôpitaux psychiatriques les fous créent sans guidance des 
soignants, ils tentent de survivre à l’enfermement.
Dans les prisons, dans les camps de concentrations, dans les camps de rétention, des femmes et des hommes continuent à créer pour rester vivants.

Pour les artistes, qu’en est-il ?
C’est là que mon opinion diverge de celle de Didier Anzieu qui en parlant de création considère qu’il faut être un génie pour y parvenir !
L’artiste, qu’il soit un génie ou un parfait inconnu, va entrer en création pour résister à la négation de l’être et pouvoir être au monde.
Nous le verrons tout au long de cette journée avec Casanova, Gérard Garouste et Niki de Saint Phalle.
Pour diverses raisons propres à l’artiste, il s’investit corps et âme dans la création pour donner naissance au corps de l’œuvre (petit clin d’œil à Didier Anzieu), il s’y engage avec parfois au bout du chemin : le suicide. C’est le cas pour  Romain Gary et du peintre Nicolas de Staël.
L’artiste s’engage dans une métamorphose au risque de se perdre, sa création influencera son temps et la société.

La question de l’Art, pour moi, est toute différente, car dans notre société contemporaine, l’art est devenu un produit marchand.
Il s’expose sur le Marché de l’Art et sur les places financières.
L’art fait partie à part entière de la société ultra-libérale comme tant d’autres produits et comme tant d’autres cotations en Bourse !
Il est banalisé et ne véhicule plus de sens.
Quête de sens, quête d’identité, les paroles d’André Malraux résonnent en moi : « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas ! »

Contact : Jean-Louis AGUILAR asso.arat@gmail.com

dimanche 22 novembre 2015

Los sorprendentes beneficios de leer antes de ir a dormir

por Alejandro GAMERO

La saludable actividad de leer antes de dormir


  La última actividad de un porcentaje cada vez mayor de la población antes de ir a dormir es toquetear un rato el móvil. Ya sea para despedir el día con un vídeo de Youtube, para mandar un último Whatsapp, consultar las novedades de los últimos cinco minutos en redes sociales, echar un par de niveles del Candy Crush o, incluso, para leer unas pocas líneas, aunque sea de forma superficial. Todo ello a pesar de que recientes estudios demuestran que manipular cualquier dispositivo electrónico con pantalla digital antes de irse a la cama puede interrumpir el descanso placentero.

  Frente a esto, también hay estudios que confirman que la mejor terapia para conciliar el sueño es tener una buena pila de libros en la mesita de noche. Existen decenas de estudios que analizan los beneficios de la lectura en muy diversos ámbitos. Los hay que dicen que los que leen a menudo desarrollan una mayor capacidad para memorizar a lo largo de su vida; los que dicen que leer te permite hablar mejor en público; y que, directamente, la lectura puede hacerte mejor persona en general. Puede parecer inverosímil, pero leer Harry Potter puede hacer que seas mejor persona. Y también hay estudios que afirman que las obras de Shakespeare son más beneficiosas para el cerebro que cualquier libro de autoayuda. Al fin y al cabo, lo que la lectura puede hacerle a tu cuerpo es increíble.

  Aparte de todos estos, un estudio realizado en 2009 por investigadores de la Universidad de Sussex mostró que tan solo seis minutos de lectura puede reducir el estrés un 68%, siendo más relajante incluso que escuchar música, salir a caminar o tomar una taza de té, lo que convierte a la lectura en una actividad idónea para despejar la mente y preparar el cuerpo para el sueño. Según el los responsables del estudio, esto se debe a que la mente humana es capaz de concentrarse tanto en la lectura que la distracción que supone el ser transportado a un mundo literario tiene la capacidad de aliviar tensiones en los músculos y el corazón.

  A esta conclusión se llegó después de monitorizar los niveles de estrés y la frecuencia cardíaca tras la realización de una gran cantidad de actividades que supuestamente son relajantes. Escuchar música redujo los niveles en un 61%, tomar una taza de té un 54%, dar un paseo un 42% y jugar videojuegos un 21%. Frente a esto, solo seis minutos de lectura silenciosa tenían la capacidad de reducir los niveles de estrés en un 68%, consiguiendo ralentizar el ritmo cardíaco y aliviar la tensión en los músculos.

   El razonamiento de David Lewis, psicólogo y autor del estudio, es que un libro es «más que una mera distracción, es un estado en el que la imaginación participa de forma activa», algo que «te hace entrar en un estado alterado de conciencia». Y poco importa en realidad el tipo de libro que sea, siempre y cuando tenga ese efecto absorbente.

   Eso sí, si vas a leer antes de ir a dormir te recomiendo que lo hagas en papel, por aquello de evitar las pantallas digitales y porque también hay estudios que demuestran que leer libros en papel mejora tu memoria y tu concentración, entre otros muchos beneficios.

 http://lapiedradesisifo.com/2015/11/18/los-sorprendentes-beneficios-de-leer-antes-de-ir-dormir/

lundi 9 novembre 2015

Bonnafé et l’électrochoc : un électrochoc !


Je ne sais si j’ai déjà mis sur ce blog quelque chose de Lucien Bonnafé mais, au contact de ses écrits j’ai appris la radicalité. Ce texte court me semble symbolique de sa démarche. Comme toujours la quête du sens impose une cassure dans la syntaxe classique qui est malheureusement la mienne, ce qui rend la lecture de Bonnafé un peu ardue. Il ne se bat pas pour le plaisir de la forme, mais pour le plaisir de la dialectique qui globalise la pensée quand de phrases en phrases nous la saucissonnons. JP Damaggio

A propos d'électrochoc (22 février 1999, L'Humanité)
Par LUCIEN BONNAFÉ Psychiatre.
 
« N'oubliez pas l'oubli » Sigmund Freud
 ON lit dans «l'Humanité» du 13 février une curieuse intervention, signée d'un médecin qui n’est sûrement pas d'âge à parler d'électrochoc autrement que par ouï-dire. Il s'agit d'un modèle exemplaire de « parole déversoir», quand on parle de ce que l'on connaît le moins avec le plus d'autorité pour sortir ce qu'on a sur le cœur et l'estomac. L'électrochoc atteint le «Moyen Age» dans l'illustration de ce modèle mental. Comme il est d'usage de parler du «Moyen âge» pour esquiver les barbaries de notre âge, il est devenu ordinaire de parler de l'électrochoc comme «barbarie» quand ça sert à esquiver une réalité historique troublante, les carences de relation humaine dans trop de pratiques contemporaines.
 
L'OUÏ-DIRE dont il s'agit porte un sens : c'est d'esquiver la vérité historique qui domine l'histoire de l'électrochoc. Cette technique, si efficace qu'elle inspira le premier triomphalisme psychiatrique, fut très ordinairement utilisée dans les renfermeries garderies qu'étaient les hôpitaux psychiatriques français avec une barbarie qui est ce qu'il s'agit d'effacer des mémoires, avec le déplacement sur une «barbarie» attribuée à l'électrochoc lui-même. Il est plus convenable de masquer que de voir les convulsivothérapies en série dans un contexte traumatisant qui fut un des plus puissants motifs pour nous pousser à « détruire ce système pour bâtir son contraire sur ses ruines ». Ce fut un grand moteur de notre passion d'innovation. Ça empirait sur l'inhumanité avec laquelle les «chocs» précédents, qui consistaient en traitement par la fièvre, avaient perdu leur efficacité en se routinisant, dans la méconnaissance du grand principe que la psychiatrie est par définition corrélation de toute autre activité thérapeutique, biologique, électrique ou chimique, avec science et art de l'écoute et de l'écho aussi raffinés que possible.

MAIS le fait est que la pauvreté contemporaine dans l'application de ce principe mène à appliquer à un enfant sur six une thérapeutique chimique contre les cris et les larmes ; et qu'il y a là, côté concurrence avec la chimie, de quoi éclairer les motifs pour lesquels il faut faire précéder par une anesthésie chimique l'application de l'électrochoc, qui est lui-même un fort anesthésiste ; ce qui va avec le fait qu'il est tout à fait indolore, réalité « oubliée» dans les manipulations émotionnelles par la « parole-déversoir ». La vérité historique est que cette technique efficace qui engendra le premier triomphalisme psychiatrique, fut presque abandonnée à partir du moderne triomphalisme, résultant du progrès que furent les chimiothérapies modernes, en 1952 ; et que ce fut bien longtemps avant l'émergence du climat antipsychiatrique. Elle était si efficace que, quand on l'appliquait correctement, dans une relation très épanouissante avec le patient à son réveil, notre problème était de pallier les demandes excessives des patients, qui en demandaient trop, tant ça leur faisait du bien. Mais se servir de l'effet émotionnel du mot «électrochoc» pour ne pas poser le grand problème contemporain d'une chimiothérapie qui pose d'une façon plus préoccupante, parce que plus subtile, le même problème, l'inépuisable question de l'écoute et de l'écho, dans le contexte relationnel, n'est pas fait pour cultiver les aptitudes des patients à une efficace relation médecin-malade.
Il vaut mieux que les usagers de la médecine sachent que, dans toute thérapeutique, la manière de s'en servir est toujours très déterminante, vérité qui a son comble en psychiatrie, où les drogues modernes ont une efficacité variable de façon spectaculaire, selon le contexte. C'est le même problème que celui de l'électrochoc.
 
 http://la-brochure.over-blog.com/article-bonnafe-et-l-electrochoc-un-electrochoc-112778736.html

vendredi 30 octobre 2015

Quand l'art s'attaque à la maladie mentale

par Caroline Morneau
http://www.laction.com/Auteur-Caroline-Morneau/6487/1

L'organisme Les Impatients s'installe à Joliette
ATELIERS. L'organisme reconnu à la grandeur du Québec, Les Impatients, offre dorénavant des ateliers à Joliette. Le but: supporter les personnes aux prises avec la maladie mentale, et ce, à travers la création artistique.

«On propose plusieurs types d'ateliers. Il est important de retenir que lors des séances, il n'est jamais question de maladie mentale. Les participants sont traités comme des personnes à part entière», témoigne Frédéric Palardy, directeur général de Les Impatients.

Concrètement, l'organisme permet chaque semaine à trois groupes de dix personnes atteintes de maladie mentale de s'adonner à la peinture, au dessin ou encore au collage, sous la supervision de l'animatrice et artiste d'art contemporain, Marilyne Bissonnette et d'un intervenant en psychiatrie. Les activités sont d'une durée de deux heures. L'un des ateliers est offert au Centre hospitalier régional de Lanaudière (CHRDL) tandis que les deux autres prennent place au Musée d'art de Joliette. Un décor parfait pour laisser aller sa créativité.

«Donc, si on fait le calcul, 30 participants prennent part au projet chaque semaine», précise Dre Valérie Falardeau, psychiatre au CHRDL. Elle indique par ailleurs que les requérants du service sont placés sur une liste d'attente et que la priorité, pour le moment, revient aux patients suivis par un psychiatre. L'atelier présenté au CHRDL est proposé à la clientèle qui y réside et qui éprouve des difficultés à se déplacer.

«On veut donner une chance au plus grand nombre de gens possible de participer aux activités, c'est-à-dire, pas seulement ceux en psychiatrie, mais également ceux qui reçoivent l'aide d'un psychologue, d'un médecin de famille ou d'une infirmière. Pour le moment, c'est un projet pilote, alors on doit définir des priorités, mais on a déjà le financement pour éventuellement offrir un quatrième atelier hebdomadaire.»

Les types d'art proposés sont appelés à se diversifier, ajoute-t-elle. «On veut éventuellement aller vers la danse, la musique et les ateliers d'art littéraire.»

Ateliers qui portent fruit «Les Impatients nous font sortir de notre solitude», témoigne Lucie Tremblay, participante au projet. «Dessiner, ça me procure tellement de bien. Quand on sort de trois semaines en psychiatrie, on ne sait plus quoi faire. Le dessin m'a beaucoup aidée à me désennuyer.»

Selon des données fournies par Dr Falardeau, une personne sur quatre serait atteinte de maladie mentale, avec ou sans diagnostic. Elle stipule que les ateliers de l'organisme Les Impatients contribuent à briser les tabous quant au phénomène tout en permettant aux patients de s'exprimer librement à travers l'art. «Ça leur procure un sentiment de fierté et d'accomplissement. Trop de gens vivent dans la honte, alors qu'il n'y a pas lieu d'être.»

Frédéric Palardy ajoute que 87 % des participants disent voir des bénéfices directs quant à leur santé et 66 % mentionnent avoir évité l'hospitalisation.

Soulignons que le projet est d'abord une initiative d'étudiants du Cégep de Joliette. Deux d'entre eux, Mélanie Gagnon et Annie Grégoire, ont raconté en conférence de presse que leur équipe a eu l'idée de faire appel à Les Impatients dans le cadre d'un projet académique en technique d'éducation spécialisée. Le tout s'est concrétisé avec la participation de divers partenaires, tels quel la Fondation pour la santé du nord de Lanaudière qui finance les activités.

 Collection d'œuvres
 http://www.laction.com/Actualites/2015-10-06/article-4301422/Quand-lart-sattaque-a-la-maladie-mentale/1

Comment Lacan a trahi Freud

Comment expliquer que le «Docteur Folamour de la psychanalyse», maître ès hermétisme, reste la coqueluche des éditeurs et des médias de l’Hexagone? Par une certaine propension du monde intellectuel français à s’enticher de faux-semblants explique Mikkel Borch-Jacobsen dans le « BoOks» du mois de mars.

Jacques Lacan (Sipa)

                                Jacques Lacan (Sipa)

Que reste-t-il de Lacan, trente ans après sa mort? Cette question à laquelle «Books» me demande de répondre, je l’entends d’abord comme une chanson: «Que reste-t-il de nos amours? […]/Bonheur fané, cheveux au vent/Baisers volés, rêves mouvants/Que reste-t-il de tout cela/Dites-le-moi.»

Je n’ai jamais aimé Lacan (il n’était guère aimable), mais, jeune philosophe, je faisais partie de ceux qui se pressaient à son séminaire à la faculté de droit, près du Panthéon. Mai 68 n’était pas loin, le structuralisme battait son plein, les femmes étaient jolies. Lacan, vêtu de façon invraisemblable, prononçait en soupirant des oracles­obscurs que captaient d’innombrables micros.

Rentré chez soi, on déchiffrait les dactylographies pirates de ses cours (c’était avant que son gendre Jacques-Alain Miller ne commence à « établir » ceux-ci). On se retrouvait dans des séminaires appelés «cartels» pour commenter tel verset des Écrits, après quoi on allait prendre un verre en se racontant les excentricités et les maîtresses de Lacan. Certains s’allongeaient sur son divan. D’autres, comme moi-même, se contentaient d’acheter les mêmes cigares tordus que lui (Culebras de Partagas). J’étais jeune, j’étais snob, nous étions au centre de l’intelligence.

Célébrations dithyrambiques
Et maintenant ? Je ne fume plus et il y a longtemps que je ne crois plus aux «rêves mouvants» de la psychanalyse. Mais Jacques-Alain Miller mâchonne toujours des cigarillos, mes anciens amis sont devenus psychanalystes et Élisabeth Roudinesco continue, envers et contre tout (titre de son livre), à raconter les mêmes anecdotes édifiantes au sujet du docteur Foudésir. Le XXIe siècle, nous annonce la même, est «d’ores et déjà lacanien».
De fait, trente ans après, Lacan a acquis en France la même dimension quasi mythique que Freud et l’anniversaire de sa mort aura été l’occasion de multiples célébrations éditoriales et journalistiques, toutes plus dithyrambiques les unes que les autres.

Alors que la psychanalyse est presque partout en déclin ailleurs dans le monde, elle continue ici à faire l’objet d’une adhésion quasi unanime. À cet égard, ni Le Livre noir de la psychanalyse ni la charge montée par Michel Onfray dans Le Crépuscule d’une idole n’auront véritablement ébranlé cette orthodoxie française, malgré leur succès éditorial.
  
Préciosité, calembours et philosophie
Or s’il en va ainsi, c’est bien à cause de Lacan. Même si tous les psychanalystes et psychothérapeutes sont loin de se considérer comme lacaniens et même si les lacaniens eux-mêmes s’entre-déchirent à son sujet, avocats à l’appui, il est clair que la France freudienne n’aurait jamais pu résister comme elle l’a fait au DSM, à la psychiatrie biologique et aux nouvelles techniques psychothérapiques sans le «retour à Freud» amorcé par Lacan dans les années 1950. La preuve: dans tous les pays où la pensée Lacan n’a pas pénétré, la psychanalyse a été balayée.

 Cela peut paraître paradoxal dans la mesure où l’œuvre de Lacan, contrairement à celle de Freud, est notoirement hermétique. Comment expliquer qu’une pensée aussi difficile d’accès ait pu se répandre aussi efficacement ? La réponse réside dans la connivence entre la psychanalyse lacanienne et certains présupposés philosophiques largement partagés par la classe intellectuelle française.

Derrière la préciosité, les calembours, les cocasses « graphes » et «mathèmes» de Lacan, on trouve en effet une philosophie bien déterminée du sujet (et) du désir qui résonnait avec le Zeitgeist philosophique de l’époque et qui a ensuite diffusé dans l’université, l’école, la famille et la société.
   
Retour à Freud, vraiment ?
Cette philosophie, Lacan l’a toujours présentée comme la vérité du texte de Freud alors qu’elle ne lui ressemble en rien. La psychanalyse freudienne, même si elle se veut une psychologie, repose en dernière instance sur des notions biologiques. Comme l’a montré l’historien Frank Sulloway, les concepts de «pulsion», de «libido», de «bisexualité», de «sexualité infantile», de «perversion polymorphe», de «narcissisme», de «stades» libidinaux, de «régression», de «refoulement» s’enracinent tous dans des hypothèses biogénétiques que Freud partageait avec les biologistes et les sexologues de son temps.

Or il suffit de lire le moindre texte de Lacan pour constater qu’il rejette hautainement ce biologisme, comme le positivisme qui l’accompagnait. Tout le sens du «retour à Freud» a été de reformuler les concepts freudiens pour leur faire dire à peu près le contraire de ce qu’entendait leur créateur. La pulsion n’est pas l’instinct, le phallus n’est pas le pénis mais le symbole de son absence. Et ainsi de suite.

 Cette «débiologisation  s’inspire d’une philosophie bien précise, que Lacan avait apprise durant les années 1930 en suivant les cours d’Alexandre Kojève sur la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel. Il s’agit d’une philosophie du sujet adossée à une « ontologie dualiste » qui distingue fermement l’être naturel – réel, objectif, donné, statique, matériel, identique à soi – de l’être humain, défini comme négativité radicale.

Objet, non-objet
Dans la lecture anthropologique de Hegel que proposait Kojève, le sujet ne devient véritablement humain que lorsqu’il nie tout ce qui le rattache à la nature – son corps biologique, vital, animal – et se met à désirer un «objet» non naturel, un non-objet : le désir d’un autre sujet humain.
Dans le rapport entre l’homme et la femme, expliquait ainsi Kojève, le Désir n’est humain que si l’un désire non pas le corps, mais le Désir de l’autre, s’il veut “posséder” ou “assimiler” le Désir pris en tant que Désir.
Le désir humain est un désir du désir de l’autre, un désir d’aucun objet, et c’est pourquoi il se manifeste et se fait reconnaître comme tel dans une « lutte à mort de pur prestige » où l’homme met en jeu sa vie biologique de façon purement gratuite et « souveraine », comme disait aussi Georges Bataille, pour rien.

Tous ces traits se retrouvent dans la reformulation lacanienne de Freud. «Le désir de l’homme, répète mot pour mot Lacan, est le désir de l’Autre.» Le sujet lacanien, tout comme l’homme kojévien, est une pure négativité désirante qui ne peut se satisfaire (que) de rien, que de ce non-objet qu’est le désir de l’Autre.

Autant dire que ce sujet ne peut pas être objectivé, puisqu’il est la négation permanente de tout objet et notamment de cet objet qu’est pour Lacan le « moi » imaginaire et spéculaire (relatif au miroir). Toute identification du sujet, tout «c’est moi» ne peut être qu’illusoire et aliénant puisqu’il objective ce « vide irréel » (Kojève) qu’est le désir comme désir de l’Autre. D’où l’impératif lacanien: «Ne t’identifie pas à l’objet du désir de l’Autre», «Ne te fais pas la chose de son amour», «Ne deviens pas le petit enfant-phallus imaginaire qui va combler le désir de ta mère, identifie-toi au contraire au phallus symbolique qui lui manque».

 Derrière cette réinterprétation bien connue de l’Œdipe freudien en termes de «métaphore paternelle» et de «castration symbolique», on retrouve en réalité l’exigence kojévienne d’un désir-sujet purifié de toute scorie objectivante, qui «n’est pas ce qu’il est et [qui] est ce qu’il n’est pas» (Hegel cité par Kojève, puis par Sartre).

Tour de passe-passe
Le but de la cure lacanienne est d’amener le sujet au point où il peut dire son désir, bref se dire comme pur rien, pure néantisation. D’où le rôle central du langage chez Lacan, qui renvoie une fois de plus, par-delà les invocations de Saussure, Jakobson et Lévi-Strauss, à la leçon de Kojève commentant Hegel.

Pour Kojève, le «Discours» ou «Concept», expression du sujet qui se pose en niant le «Réel», opère le prodige de faire être ce qui n’est pas. Nommant la chose, il la « tue » comme chose empirique pour en faire une chose idéale (l’« absente de tous bouquets » de Mallarmé) qui manifeste la négativité du sujet qui en est l’être évanouissant.
Conclusion de Lacan : le langage présente l’absence du sujet qui s’y dit en néantisant toute réalité, la sienne y compris. Plus le sujet essaie de se dire dans sa vérité (de dire son désir), plus il se rate, se manque et s’absente, et plus il manifeste que la vérité est ce ratage même. Le langage (la «parole pleine», plus tard le «signifiant») est l’alètheia (vérité dé/voilée) du sujet, son abyssale apparition-disparition: «Moi, la vérité, je parle.»

 On ne saurait trouver théorie plus foncièrement, plus radicalement idéaliste. Le sujet, aussi nommé «parlêtre», s’y spiritualise tant qu’à la fin il s’évapore et disparaît dans le «signifiant qui le représente pour un autre signifiant». Il n’a ni corps, ni sexe, ni visage («Il n’y a pas de rapport sexuel», énonçait Lacan).

 Mon beau miroir
C’est peu de dire que ce sujet ne ressemble guère au Ça freudien et à sa marmite bouillonnante de pulsions: il en est l’antithèse même. Le génie de Lacan aura été de le présenter comme la vérité même du texte de Freud, que ses successeurs anglo-saxons auraient dévoyée et pervertie à force de biologisme, d’empirisme et de pragmatisme obtus. Étonnant tour de passe-passe, auquel la plupart des intellectuels de l’époque n’ont vu que du feu.
Voici qu’ils retrouvaient dans «l’inconscient» leur propre philosophie du moment, légitimée par «la psychanalyse»! Comment n’auraient-ils pas été séduits par ce miroir qu’on leur tendait?

La psychanalyse n’aurait jamais réussi à s’imposer en France comme elle l’a fait sans l’extraordinaire opération de ravalement philosophique que lui a fait subir Lacan après la guerre. Le biologisme et le positivisme freudiens ne pouvaient que rebuter une génération d’intellectuels formés à la phénoménologie (Husserl, Heidegger) et à la dialectique (Hegel, Marx) – étonnant mélange « existentialiste » initié par Kojève et orchestré avec l’efficacité que l’on sait par Sartre.
Lacan, qui était lui-même un intellectuel très au fait des derniers développements philosophiques, a vite compris le parti qu’il pouvait tirer de cette «situation de la psychanalyse». En proposant une version kojévienne de la théorie freudienne, il l’a rendue acceptable dans la France existentialiste de l’après-guerre tout en se donnant les moyens de lancer avec succès une OPA sur le label «psychanalyse».

L'idéalisme, l'air de rien
Inversement, en proposant une version freudienne de la philosophie kojévienne, il a permis à plusieurs générations d’intellectuels de continuer à véhiculer une philosophie du sujet profondément idéaliste tout en se donnant l’illusion de n’en rien faire.
Ainsi s’est établie une équivoque profonde, qui dure encore aujourd’hui et qui explique l’étonnante résilience de la psychanalyse en France. Sous les noms de «psychanalyse» et de «Freud» se perpétue une philosophie implicite qui n’a rien à voir avec la théorie d’origine, mais qui flatte certains préjugés très tenaces transmis de génération en génération par la classe de philosophie – soit, en vrac: la suprématie de l’esprit sur le corps, la différence entre l’homme et l’animal, l’affirmation de l’autonomie du sujet, le mépris pour l’empirisme, le matérialisme et le pragmatisme, l’anti­positivisme.
Mikkel Borch-Jacobsen
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Philosophe et historien, professeur de littérature comparée à l’université de Washington à Seattle, Mikkel Borch-Jacobsen est l’auteur de «Lacan, le maître absolu» (Flammarion, 1999) et, plus récemment, «des Patients de Freud. Destins» (Éditions Sciences humaines, 2011). Il a codirigé «Le Livre noir de la psychanalyse» (Les Arènes, 2005).

 
                                        Le divan de Lacan (Sipa)

 http://bibliobs.nouvelobs.com/en-partenariat-avec-books/20120319.OBS4074/comment-lacan-a-trahi-freud.html