dimanche 19 novembre 2017

Contre la bienveillance par Yves MICHAUD



La guerre ou le care ? Face au climat de l’époque hanté par le spectre de l’affrontement de tous contre tous, faut-il entrer dans une nouvelle culture du soin, détachée de la tutelle des États, comme le suggère Achille Mbembe, ou refonder le contrat social loin de tout sentimentalisme, comme le préconise Yves Michaud ?

« Assume ta fragilité ! Ouvre-toi à la dimension sensible de ton être ! Connecte-toi à tous les êtres vulnérables qui t’entourent : animaux, enfants, malades, apporte-leur soin et bienveillance pour former avec eux une nouvelle démocratie sensible. » Voilà, selon Yves Michaud, le nouveau mantra de notre temps. Un mantra que cet essai en forme de réquisitoire se propose de démonter tant il nous placerait en porte-à-faux par rapport aux problématiques du moment : terrorisme fanatique, populismes, retour de la realpolitik. Quand le réel prend le visage des fractures sociales et identitaires, de la violence et de la mort, la pensée « Bisounours » n’est plus de mise, il faut revoir le logiciel éthique et politique qui nous a fait croire que l’on pouvait renoncer à l’énoncé précis des droits et des devoirs de chacun pour tabler sur la bienveillance universelle entre tous les êtres. En philosophie, la bienveillance a ses théoriciens, pour la plupart des théoriciennes d’ailleurs – de Joan Tronto à Carol Gilligan aux États-Unis en passant par Fabienne Brugère en France – qui se déchirent pour savoir si ce tropisme féminin pour le care – le souci des autres – est inscrit dans une sollicitude naturelle des femmes ou si elle est le produit de l’assignation historique du genre féminin à des rôles de soin et d’éducation.

« La projection de la morale  du soin dans la politique ne l’humanise pas, mais la dissout »

Yves Michaud leur fait trois reproches : d’abord, de n’avoir rien inventé sur le fond par rapport à leurs devanciers, les philosophes du « sentimentalisme moral » du XVIIIe siècle, qui, de Hutcheson à Hume, ont fait de la sympathie et du « calme désir du bonheur des autres » une donnée morale universelle ; ensuite, d’élargir vertigineusement le champ de la notion de dépendance qui en vient à désigner de manière indifférenciée aussi bien le lien du nouveau-né avec ses parents, que celui du vieillard et de l’infirmière, du patron et de sa secrétaire ou de l’humanité et de la planète ; enfin, et surtout, de vouloir étendre à la sphère de la politique cette bienveillance que leurs prédécesseurs confinaient à la sphère des relations personnelles – conscients qu’ils étaient, eux, qu’on ne fonde pas la politique sur les bons sentiments mais sur des principes de justice. Plus qu’un aveuglement sur les mobiles réels – l’égoïsme et l’intérêt bien entendu– qui animent les membres d’une société, c’est un déni de la finitude –, un refus de la mort et des blessures inhérentes à la vie, un dangereux effacement de la distinction entre vie privée et espace public, et une forme de perversion intellectuelle que leur reproche Michaud. « La projection de la morale du soin dans la politique n’humanise pas la politique, mais la dissout. » Elle fait de tous les blessés de la vie des assurés qui ont vocation à se plaindre au guichet de l’État démocratique pour qu’il prenne soin d’eux. Et ce, au moment où ce même État est menacé du dehors par la violence fanatique et du dedans par le populisme démagogique.

Contre ces nouveaux modèles de communautés qui surgissent – communauté des affects, communauté des croyances, communautés des identités –, le philosophe est convaincu qu’il nous faut revenir au modèle contractualiste, inspiré par Locke et Rousseau, avec serment civique et déchéance de nationalité en prime. Il permettrait de refonder la souveraineté et de proscrire les violences religieuses. « La violence des faits a ceci de bon qu’elle fait revenir sur terre », conclut le philosophe. Devant l’opposition qu’il dresse entre le peuple des souffreteux et la cohorte des fanatiques, on a un peu de mal à partager son optimisme. Mais on se dit que sur le constat, au moins, il touche juste.
Par MARTIN LEGROS

Auteur Yves Michaud
Éditeur Stock
Pages: 192
Prix : 18,00 €
Niveau pour tout le monde

jeudi 16 novembre 2017

12e RENCONTRES DE L’ARAT


Samedi 9 juin 2018 à la Maison de la Vie Associative de Béziers

L’Association de Recherche en Art et Thérapie

Présente :

Colloque4 « L’art en question ! »


Le Cri est une œuvre expressionniste de l'artiste norvégien Edvard Munch dont il existe cinq versions réalisées entre 1893 et 1917.

Argument : 

L’art soigne-t-il, guérit-il ?
Est-il devenu thérapeutique comme le prétendent les artistes ?
L’art-thérapie est-elle seulement artistique ?
L’artiste est-il un thérapeute ?
Le thérapeute est-il un artiste ?
Qui sont les hommes et les femmes de l’art ?
La médecine, le vin, la table, la cuisine, c’est aussi de l’art ?

Nous vivons une époque formidable où tout est thérapeutique !
Epoque pour transmuter l’art dit contemporain en do-l’art !
Epoque où la souffrance et la détresse humaine servent à enrichir une mouvance thérapeutique !

Quel est le rôle de l’artiste dans une société individualiste et consumériste ?
Les étudiants des Beaux-Arts sont-ils des artistes ?

Chaque intervenant de sa place se verra interroger sur la pertinence et le rôle de l’art aujourd’hui.

Intervenants : par ordre d'intervention

Jean-Louis AGUILAR / Art-thérapeute
Dr Jean-Louis GRIGUER / Psychiatre
Miguel Izuel /Président du  GREFART de Barcelone
Dr Didier Bourgeois / Psychiatre 
Roland Gori / Psychanalyste
et d'autres intervenants en attente...

Informations :
Association ARAT : asso.arat@gmail.com

«En même temps», ou le grand écart du nouveau président

Par Roland Gori, Psychanalyste —
23 juillet 2017 à 17:06 «En même temps», ou le grand écart du nouveau président


Le président Emmanuel Macron, lors d'un discours sur la base aérienne d'Istres (Bouces-du-Rhône), le 20 juillet 2017 Photo Anne-Christine POUJOULAT . AFP

L’expression utilisée sans cesse par Emmanuel Macron indique qu’il croit au sacré de la politique, à son pouvoir symbolique et spirituel, et qu’en même temps il n’y croit pas. Comment peut-il se prétendre le «chef» d’un pouvoir sacré, et externaliser les missions de l’Etat en les abandonnant à la spéculation financière ? Paradoxe permanent ou imposture ?

Emmanuel Macron a fait de cette expression, «en même temps», sa marque de fabrique. Ses partisans la dotent d’une signification positive : elle serait le signe d’une pensée de la «complexité» qui transcenderait les anciens clivages. Ses détracteurs lui attribuent, non sans ironie, l’ambiguïté typique du centrisme social-libéral, assumé, décomplexé, renouvelé. L’essentiel n’est pas là. L’essentiel, est qu’elle constitue le symptôme d’une division politique interne au personnage comme au courant social qu’il incarne. Elle est pour l’avenir de la France, et peut-être de l’Europe, un défi et un paradoxe. Elle nous dit, cette expression, c’est du moins mon analyse, qu’Emmanuel Macron croit au sacré de la politique, à son pouvoir symbolique et spirituel, et qu’en même temps il n’y croit pas, il n’y croit pas parce qu’en bon saint-simonien il souhaite la remplacer par la gestion technocratique des populations et par le développement économique de la Nation start-up. Emmanuel Macron, plus que ses derniers prédécesseurs, sait que, dans notre monarchie présidentielle, pour faire un vrai «roi républicain» il faut plus qu’une élection, il faut plus qu’une majorité parlementaire. Il faut cette vertu ancestrale que confère le pouvoir à ceux qui ont reconnu sa substance spirituelle, sa force symbolique. Il le déclare sans ambages le 16 février à l’Obs, quelques semaines avant son élection : «Vous savez bien que le président, qui a plusieurs corps, est constitutionnellement le garant des institutions, de la dignité de la vie publique. Or, cette responsabilité symbolique ne relève ni de la technique ni de l’action, elle est de l’ordre littéraire et philosophique.» L’intuition politique et psychologique d’une telle déclaration tranche singulièrement dans le paysage électoral de l’époque. Elle révèle la nature théologico-politique de la fonction présidentielle : gouverner, c’est prévoir, certes, mais c’est surtout «faire croire», arracher par des fictions la confiance à une opinion publique versatile, inquiète et exigeante. Hobbes disait, à propos des citoyens qui se soumettaient au pouvoir de l’Etat représenté par le monstre marin du Léviathan : «Ils fictionnaient et ils croyaient à leurs fictions.» Paul Valéry ne disait pas autre chose : «Tout état social exige des fictions.» Lorsqu’une civilisation est en panne de fictions, de rêves, d’utopies, de récits singuliers et collectifs, il arrive que certains de ses membres se «shootent» avec les drogues dures des idéologies fanatiques et fascistes (1).

C’est la grande leçon de Durkheim, fondateur de la sociologie française positive, qui démontre l’origine religieuse de toutes les grandes institutions de la vie sociale. Cette «nature religieuse de l’homme», le nouveau président l’a bien compris, et je gage qu’il en est convaincu. Il ne se passe pas de semaines sans qu’il ne déclame un discours solennel, grave, mystique. Oui, mystique. Ne craignons pas de le dire, nous avons un Président qui a compris, beaucoup mieux que ses prédécesseurs, que sa fonction était hantée depuis l’origine par le fantôme des rois thaumaturges. Vous savez, ces rois qui guérissaient les écrouelles par le toucher, qui apaisaient les crises épileptiques par les anneaux médicinaux, à l’exception des monarques dans lesquels on ne croyait plus comme Charles X ou dont on doutait de la vertu sacrée comme Louis XV !

Je ne dis pas que les présidents de la République doivent s’essayer au pouvoir surnaturel de leur fonction. Je rappelle que le pouvoir suprême est double : temporel et éternel, matériel et symbolique, absolu et contingent, économique et sacré. Oublier la dualité de la substance politique du pouvoir revient à se condamner à l’échec. Reconnaître cette dualité, c’est admettre que la gestion technocratique et juridique de l’économie des populations ne suffit pas. Soljenitsyne, revenu des camps soviétiques, mettait en garde contre ce «déclin du courage» des démocraties, il écrivait, lucidement et sans complaisance pour les pays qui venaient de l’accueillir, qu’«une société qui s’est installée sur le terrain de la loi, sans vouloir aller plus haut, n’utilise que faiblement les facultés les plus élevées de l’homme. Le droit est trop froid et trop formel pour exercer sur la société une influence bénéfique. Lorsque toute la vie est pénétrée de rapports juridiques, il se crée une atmosphère de médiocrité morale qui asphyxie les meilleurs élans de l’homme». La fonction symbolique du politique n’est pas très loin.

La liberté politique, à laquelle aspirent de nombreux citoyens, est la libération du politique confisqué par la technocratie et la vision économique du monde. Alors comment Macron, pur produit de cette hégémonie culturelle néolibérale, mais en même temps convaincu du caractère sacré de sa fonction, peut-il sortir de ce paradoxe ? Ses premiers discours, ses premiers actes, manifestent la reconnaissance publique de cette obscure dualité du pouvoir. Alors comment concilier la nature religieuse du social et les exigences de la curatelle technico-économique des peuples ? Comment peut-il, en même temps, s’assumer populiste et élitiste ?

Comment peut-il, à quelques heures d’intervalle, faire un vibrant éloge des soldats, de leur dévouement à la sécurité de la Nation, brandir le drapeau d’une défense européenne, et en même temps réduire le budget de l’armée pour cause de cadeaux fiscaux ? La réprimande du chef d’état-major des armées, dénonçant cette contradiction, ne suffit pas à résoudre le paradoxe : tout en reconnaissant la dualité de son pouvoir, matériel et sacré, Macron, en même temps, fonde son exercice sur une vision purement entrepreneuriale de l’humain. Dans tous les domaines les plus régaliens de l’Etat et de la vie publique le défi est lancé : comment éduquer, soigner, chercher, juger, informer, cultiver les citoyens avec moins de services publics, et en privatisant leurs missions ? Comment préserver son autorité, sa fonction sacrée et symbolique et externaliser les missions de l’Etat en les abandonnant à la spéculation financière ? Paradoxe ou imposture ? Il ne faut pas se tromper, la fameuse déclaration de Macron, que l’on a jugée maladroite sur les «gens qui réussissent et ceux qui ne sont rien», fonde son ontologie présidentielle : l’homme n’est rien s’il ne réussit pas. Alors, comment concilier Ricœur et le CAC 40 ?

C’est tout le défi d’un homme politique qui vient, sur les décombres d’un vieux monde, de créer un courant politique nouveau, celui que j’appellerai volontiers, l’extrême centre. Cet extrême centre me paraît relever d’un nouveau populisme, utilisant les foules virtuelles des réseaux sociaux aptes à produire une séduction de masse, un emballement hypnotique aussi contagieux que fragile, et qui, en même temps, tout en répondant au désir de spiritualité des Français risque de ne leur fournir que le spectacle du sacré et non sa substance. C’est, on le sait au moins depuis Guy Debord, le risque de nos sociétés du spectacle où «le vrai n’est qu’un moment du faux». Une chose est certaine, Macron a réussi à incarner la vérité d’un moment politique que les désastreuses «primaires» n’ont pas réussi à sauver. Il a réussi à produire ce que Hannah Arendt nommait un «commencement», l’irruption dans le monde d’une «improbabilité infinie». Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, il nous faut le constater. Le «vieux» centre que l’on croyait moribond a pris un coup de jeune. Il est même devenu extrême et populiste. Il remet au goût du jour le désir du sacré sans pour autant renoncer à cet économisme nauséabond, son plus redoutable ennemi. Alors comment, en même temps, se prétendre le «chef» d’un pouvoir sacré, et l’abandonner, une fois encore, aux prédateurs du néolibéralisme ? L’avenir nous dira si le nouveau président parviendra à résoudre son paradoxe, et dans quel sens. Après tout, il n’a plus rien à se prouver du côté de la «réussite», tout lui reste à faire du côté du sacré et de l’épanouissement de l’être. Il pourra toujours se souvenir d’André Malraux déclarant que «la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connue l’humanité, va être d’y réintégrer les dieux».

(1) Roland Gori, Un monde sans esprit. La fabrique des terrorismes, LLL, 2017.


Sources : http://www.liberation.fr/debats/2017/07/23/en-meme-temps-ou-le-grand-ecart-du-nouveau-president_1585661

lundi 30 octobre 2017

STAGE d' Art-thérapie

Les ateliers du baobab, art-thérapie et créativité à Pau
Samedi 13 et dimanche 14 janvier 2018


Formation ouverte aux professionnels de la santé, du social et du médico-social, de la thérapie et de l’art, aux étudiants en art-thérapie et en psychologie…
avec Jean-Louis Aguilar / Art-thérapeute
Président de l'Association de Recherche en Art et Thérapie
Intervenant aux Ateliers du Baobab : Art-thérapie et Créativité

Samedi 13 janvier 2018
9h
Histoire de l’Art-thérapie
Regards croisés avec l’art des fous, l’art brut, l’art psychopathologique, la psychopathologie de l’expression…
Eclairage sémantique sur les concepts de folie, maladies mentales et normalité.

Présentation de productions de patients de mon atelier d’art-thérapie

12h Pause-repas

14h
Atelier de peinture en expression libre

La Création comme suppléance à l’absence du père : Gaston Chaissac

Dimanche 14 janvier 2018
9h
Atelier modelage en expression libre

Cours :
« De la clinique à la mise en place d’un dispositif art-thérapeutique »
Utilisation de la médiation thérapeutique, artistique et culturelle.
Eclairage sémantique sur les concepts :
De création et de créativité, d’esthétique et de beau, d’œuvre d’art et de production de l’intime…

12h Pause repas

14h
Atelier collage en expression libre

Cours : (suite)

Formateur : Jean-Louis Aguilar / Art-thérapeute
*****************************************************************************
Horaires de la formation de 9h à 17h (l’horaire peut être prolongé jusqu’à 18h en fonction des questions des stagiaires)

Coût pour les 2 jours : 350€
Demandeurs d'emploi : 100€

Chèque à l'ordre de :
Association Les Ateliers du Baobab.
Christine Soler - 1 avenue Mirabelle - 64000 Pau
Inscriptions avant le 31 décembre 2017

Christine Soler
Art-thérapeute / Formatrice en art-thérapie
Ateliers du Baobab
Tel : 06 19 05 32 59
atelierbaobabscicpau-pyrenees@orange.fr

samedi 28 octobre 2017

Formation à l' Art-thérapie

Samedi 16 décembre 2017 


Une journée de formation à Psy Art Formation,
Ouverte aux professionnels de la santé, du social, du médico-social, de la thérapie et de l’art, aux étudiants en art-thérapie et psychologie…

avec Jean-Louis Aguilar / art-thérapeute
Président de l’Association de Recherche en Art et Thérapie
Intervenant à Psy Art Formation

Programme de la journée : Penser l'art-thérapie différemment !

9h30 Accueil des participants

10h
Conférence-débat : L’art-thérapie multi-référentielle.

« De la clinique à la mise en place d’un dispositif art-thérapeutique »
Utilisation des médiations thérapeutiques, artistiques et culturelles.

Un éclairage sémantique sur les concepts de création, de créativité, d’art et d’esthétique…

12h30 -14h30 : Pause-repas

14h30
La question du corps en psychothérapie : la médiation corporelle

Deux vignettes cliniques sur l’impasse thérapeutique en art-thérapie

Un éclairage psychosomatique sur le lien corps-esprit, avec une pratique de médiation corporelle.

Réduction du stress, de l’anxiété, du burnout, de la dépression.

Atelier expérientiel « relation d’aide et relaxation »
Comprenant des exercices corporels, de relaxation, de cohérence cardiaque et de méditation de pleine conscience.


Formateur : Jean-Louis Aguilar

Horaires de la journée de 9h30 à 17h30

Coût de la journée : 50€
Chèque à envoyer à l'ordre de PsyArtFormation

Inscriptions avant le 30 novembre 2017:
Mylène Berger
Responsable pédagogique de Psy Art Formation

PSYARTFORMATION
9 Ter rue des Pattes
Chalon-sur-Saône (71100)
Contact
0683312316
contact@psyartformation.com
Sur le net
http://www.psyartformation.com/

dimanche 22 octobre 2017

Lettre de Winnicott à propos du comportementalisme (Juin 1969)

·Lettre de juin 1969 adressée par D.W.Winnicott, au rédacteur de Child Care News, parue dans D. W. Winnicott. Psycho-Analytic Explorations, Londres. Kamac, 1989, pp. 125-128.
La Thérapie Comportementale !


Cher Monsieur,
Il est certain que l’on pourrait faire un commentaire élogieux de l’article que Carole Holder consacre à la Thérapie Comportementale dans le Child Care News de mai 1969, n° 86. Pour cela, cependant, il faudrait être dans un monde différent de celui dans lequel à la fois je vis et je travaille. Il est important pour moi d’avoir l’occasion de faire savoir à mes nombreux collègues travailleurs sociaux que je désire tuer cet article et sa tendance. J’aimerais en dire plus et, en tout cas, commencer par dire pourquoi je veux les tuer.

Ce pourrait être une bonne chose que de lire les déclarations de cet article aux travailleurs sociaux qui, par auto sélection, sélection et formation, ont une pratique de cas. A coup sûr, il est bon que l’on vous remette en mémoire que les systèmes locaux de principes moraux ne sont pas seulement enseignés par l’exemple, mais aussi par des tapes sur le derrière et des punitions. En fait, il est peu probable que nous puissions oublier ce fait fondamental, puisque une grande part de notre travail s’est édifiée a partir de l’échec de la thérapie comportementale telle qu’elle se pratique à la maison et dans les institutions.

Je revendique le droit de protester. J’ai gagné ce droit du fait que je n’ai jamais accepté le mot "maladjusted" qui, dans les années 1920, a traversé Atlantique dans les bagages de la “Guidance infantile” et nous a été vendu en même temps. Un enfant mal adapté est un enfant, garçon ou fille, aux besoins de qui quelqu'un n’a pas su s’adapter à tel stade important de son développement.

Imaginez des travailleurs sociaux dans un groupe d’études réfléchissant avec les principes de la thérapie comportementale. Un tel groupe ne tarderait pas a être, par sélection et auto-sélection, rempli par des gens qui, de façon naturelle, adoptent la disposition d’esprit de la thérapie comportementale. La formation ne ferait qu’accentuer les sillons et les arêtes des structures de la personnalité déjà à l’œuvre dans les mœurs comportementalistes.

Ce serait vraiment une bataille perdue, parce que ces gens dont je parle avec les mots de sillons et d’arêtes ne sauront pas qu’il existe une autre sorte de travail social, un travail orienté pour faciliter les processus du développement ; ils ne sauront pas que contenir tensions et pressions des personnes et des groupes comporte une valeur positive, de même que laisser le temps agir dans la guérison ; ils ne sauront pas que la vie est réellement difficile et que seul compte le combat personnel, et que, pour l’individu, il n’y a que cela qui soit précieux.

L’article de Carole Holder met en lumière qu’il est possible de considérer la vie avec la plus extrême naïveté. Le problème est que cette surprenante sursimplification doit séduire les gens dont on a besoin pour financer le travail social. Rien de plus facile que de vendre la thérapie comportementale aux membres d’un comité qui, à son tour, la revendra aux membres des conseils municipaux dont les talents s’exercent dans d’autres champs. On n’est jamais à court de gens qui affirment avoir tiré profit des principes moraux que leurs pères leur ont imposés en famille, ou tiré profit du fait qu’à l’école un professeur sévère rendait cuisants la paresse ou un larcin. C’est à cela que les gens croient pour commencer.

Il faut malheureusement, de près ou de loin, parler ici des médecins et des infirmières, car leur travail aussi repose sur une sursimplification fondamentale : la maladie est déjà présente, leur travail est de l’éliminer. Mais la nature humaine n’est pas comme l’anatomie et la physiologie, bien qu’elle en dépende, et les médecins, là encore par auto-sélection, sélection et formation, ne sont pas faits pour la tâche du travailleur social, à savoir reconnaître l’existence du conflit humain, le contenir, y croire et le souffrir, ce qui veut dire tolérer les symptômes qui portent la marque d’une profonde détresse. Les travailleurs sociaux ont besoin de considérer sans cesse la philosophie de leur travail ; ils ont besoin de savoir quand ils doivent se battre pour être autorisés à faire les choses difficiles (et être payés pour ça) et non les choses faciles ; ils doivent trouver un soutien là où on peut en trouver, et ne pas en attendre de l’administration ni des contribuables, ni plus généralement des figures parentales. En fait, dans ce cadre localisé, les travailleurs sociaux doivent être eux-mêmes les figures parentales, sûrs de leur propre attitude même quand ils ne sont pas soutenus, et souvent dans la position curieuse de devoir réclamer le droit d’être épuisés par I’exercice de leurs tâches, plutôt que d’être séduits par la voie, facile, de se mettre au service de la conformité.

Car La Thérapie Comportementale (avec des majuscules pour en faire une Chose qui peut être tuée) est une porte de sortie commode. Il faut juste s’accorder sur des principes moraux. Quand on suce son pouce, on est méchant ; quand on mouille son lit, on est méchant ; quand on met du désordre, quand on vole, qu’on casse un carreau, on est méchant C’est méchant de mettre les parents au défi, de critiquer les règlements de l’école, de voir les défauts des cursus universitaires, de haïr la perspective d’une vie qui tourne comme une courroie de transmission. C’est méchant de rechigner devant une vie réglée par des ordinateurs. Chacun est libre d’établir sa propre liste de “ bon ” et “ méchant ” ou “ mauvais ” ; et une volée de comportementalistes partageant plus ou moins des systèmes moraux identiques est libre de se rassembler et de mettre en place des cures de symptômes.

Il y aura des ratages, mais il y aura quantité de succès et d’enfants qui iront disant : “ Je suis si joyeux de ne plus mouiller mon lit grâce à MIle Holder ”, ou grâce a un appareil électrique ou a un “conditionneur” quelconque. Le thérapeute n’aura besoin de rien d’autre que d’exploiter le fait que les êtres humains sont une espèce animale dotée d’une neurophysiologie à l’instar des rats et des grenouilles. Ce qu’on laisse pour compte, là, c’est que les êtres humains, même ceux dont la teneur en intelligence est plutôt basse, ne sont pas simplement des animaux. Ils ont pas mal de choses dont les animaux sont dépourvus. Personnellement, je considérerais que la Thérapie Comportementale est une insulte même pour les grands singes, et même pour les chats.

Il est triste de penser qu’il n’y a pas suffisamment de travailleurs sociaux, et qu’il n’y en aura jamais suffisamment. Il est infiniment plus triste de penser que le dernier paragraphe de l’article de Mlle Holder pourrait bien être utilisé par les responsables des Institutions d’enfants pour justifier la transmission, à qui officie en pédiatrie, de ce “ procédé économique et raisonnable ” qui doit rendre gentils les méchants clients.

Il est clair que je suis en train de m’exercer a faire marcher un conditionneur : je veux tuer la Thérapie Comportementale par le ridicule. Sa naïveté devrait faire l’affaire. Sinon, il faudra la guerre, et la guerre sera politique, comme entre une dictature et la démocratie.

Votre très fidèle D. W. WINNICOTT.

dimanche 8 octobre 2017

Finger food en ehpad


OBJECTIF

Redonner le plaisir de manger aux personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer, en proposant des menus spécifiques et adaptés à leurs besoins, leurs envies et leur rythme de vie.

Les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer présentent parfois des troubles praxiques et cognitifs qui les empêchent de reconnaître et d'utiliser correctement leurs couverts, et donc de s'alimenter suffisamment.

Il était important pour le bien-être de ces résidents de trouver un mode d'alimentation qui permettent à la fois de lutter contre la dénutrition et de contribuer au maintien de leur autonomie, en les laissant manger seuls.

C'est ainsi qu'est né le « finger food » ou manger-main, où les aliments sont proposés sous forme de bouchées. Il s'agit par exemple de permettre à un résident déambulant de picorer une bouchée au gré de ses allers et venues, et de la manger en marchant - une façon de respecter son rythme de vie !

Développée en EHPAD depuis une dizaine d'années, la solution finger food n'est pas neuve.

NOUVELLE APPROCHE

Allié considérations nutritionnelles et le plaisir de s'alimenter des résidents.

En d'autres mots, comment le finger food peut-il redonner aux résidents le plaisir de manger et d'améliorer leur bien-être ?

ÉLABORER UN QUESTIONNAIRE

Les soignants sont invitez à remplir un questionnaire pour chaque résident
Le postulat suivant est posé les bouchées proposées aux résidents doivent conserver tout leur attrait visuel, gustatif et olfactif, et évoquer les mets traditionnels dont ils étaient issus, afin de susciter l'envie de déguster.

quatre critères  incontournables :

  • la forme,
  • le goût,
  • la sauce
  • l'homogénéité des bouchées.

Après chaque repas, l'analyse du questionnaire permet d'identifier les aliments que les résidents choisissaient spontanément, ceux qu'ils préféraient, ainsi que leurs comportements au cours des repas et les quantités consommées.

CONCLUSION

L'analyse des résultats du questionnaire permet de savoir si le plaisir de manger est au rendez-vous, le taux de refus ,les assiettes vides à la fin des repas.

comment sont mangées les bouchées avec les doigts ou avec les couverts, tenue de la bouchée,aspect, fondant,texture, la présence de sauce est elle apprécié, quelles sont les bouchées préférées les bicolores ,les neutres


Read more at https://www.soignantenehpad.fr/pages/nutrition/finger-food-en-ehpad.html#SL9IkZD76cHxi8L3.99