mercredi 22 janvier 2020

Ateliers d'art-thérapies - Module 1


JLAA / Art-thérapies / Formation vous propose

Un module d’initiation, de perfectionnement et de réflexion à l’art-thérapie pour

Pensez l’art-thérapie autrement !

MODULE 1
ATELIERS d’ART-THERAPIE

 « Médiations thérapeutiques et/ou psychothérapies médiatisées»
Dates : 7 et 8 mars 2020


Samedi 7 mars 2020

9h30 Accueil café

Histoire de l’Art-thérapie :
Regards croisés avec l’art des fous, l’art brut, l’art psychopathologique, la psychopathologie de l’expression… et l’art-thérapie.

Présentation de productions de patients de mon atelier d’art-thérapie : « L’art psychopathologique préféré à l’art brut ! »

12h30-13h30 Pause-repas tiré du sac

13h30-17h30

Atelier de peinture en expression libre + débriefing

Cours :
« De la clinique à la mise en place d’un dispositif art-thérapeutique »
Utilisation de la médiation thérapeutique.
Eclairage sémantique sur les concepts :
De création et de créativité, d’esthétique et de beau, d’œuvre d’art et de production de l’intime…

Dimanche 8 mars 2020

9h30 Accueil café

Atelier modelage en expression libre + débriefing

Film « Plante vivace » + conférence
La Création comme suppléance à l’absence du père :
« Gaston Chaissac, l’homme-orchestre ! »

12h30-13h30 Pause repas tiré du sac

13h30-17h30

Atelier collage en expression libre + débriefing

Atelier d’improvisation en expression libre+ débriefing

Bilan de fin de stage

Formateur : Jean-Louis Aguilar / art-thérapeute


Horaires de la formation de 9h30 à 12h30 et 13h30 à 17h30
soit 14 heures

Lieu : 9, rue Julien Imbert 34500 Béziers

Sélection sur lettre de motivation répondant aux critères professionnels + CV + projet professionnel.

JLAA / Art-thérapies / Formation
Port. 0683595110

Tarifs :
400€ Formation professionnelle continue (employeur)
220€ individuel (salarié)
Ce tarif comprend les pauses-café et le matériel pédagogique.

Groupe de 4 personnes maxi.

Les inscriptions ne sont effectives qu’à réception de votre bulletin d’inscription accompagné de votre chèque avant le 29 février 2020.
Votre chèque ne sera encaissé que lorsque vous aurez effectué la formation, en cas d’annulation il ne sera pas encaissé.

Bulletin d’inscription :
Nom :
Prénom :
Adresse :

Mail :
Téléphone :

Bulletin d’inscription et chèque à :
Jean-Louis Aguilar
9, rue Julien Imbert
34500 Béziers


Matériels nécessaires pour le stage d’art-thérapie :
le matériel est fourni par JLAA / Art-thérapies/ Formation

1 vidéoprojecteur
1 écran de projection

Atelier peinture et dessin :
Feuilles de papier canson
Peintures et pinceaux
Crayons, pastels, aquarelles…

Atelier modelage :
Terre, outils de modelage…

Atelier collage :
Vieux magazines pour le découpage
Ciseaux, colle bâtons
Feuilles de papiers canson


JLAA / ART-THERAPIES / FORMATION
Enseignant-Art-thérapeute-auto-entrepreneur
N° de Siret 82969583200016


Association ARAT N° de Siret 53384433800012
N° de prestataire de formation professionnelle continue 76340938134 

mardi 21 janvier 2020

4 modules de formation d’intervenants en art-thérapie


JLAA / Art-thérapies / Formation vous propose

4 modules de formation d’intervenants en art-thérapie

Pensez l’art-thérapie autrement !

Fort de mon expérience professionnelle en tant qu’infirmier D.E. et d’art-thérapeute pendant 30 ans en milieu hospitalier psychiatrique. Je souhaite partager mon expérience et mes recherches en art-thérapie.

Je vous propose 4 modules de 2 jours pour des intervenants en art-thérapie ou  des personnes en réflexion sur leur devenir professionnel.

Les art-thérapies englobent les médiums les plus divers comme ceux des arts plastiques et du corps permettant des ponts avec la musicothérapie, la danse-thérapie, la drama-thérapie ou théâtro-thérapie…

Il n’y a pas de clivages ni d’exclusions dans ma façon de penser autrement l’art-thérapie !

Bien au contraire, il s’agit d’inclure les différents référentiels de formations mais aussi de penser l’art-thérapie comme un carrefour  (un syncrétisme) ou se croisent la psychologie, la psychanalyse, la psychiatrie, les psychothérapies (humanistes, corporelles, systémiques, cognitivo-comportementales), l’ethnopsychiatrie, l’anthropologie, la philosophie, la phénoménologie, la psychopathologie de l’expression…
Formations ouvertes aux professionnels de la santé, du social et du médico-social, de la thérapie et de l’art, aux étudiants en art-thérapie et en psychologie… et aussi aux art-thérapeutes, aux danse-thérapeutes, aux drama-thérapeutes, aux musicothérapeutes…


MODULE 1
ATELIERS d’ART-THERAPIE
 « Médiations thérapeutiques et/ou psychothérapies médiatisées»
7 et 8 mars 2020

MODULE 2
ATELIERS d’ART-THERAPIE
« Les Médiations artistiques et culturelles et/ou art-thérapies »
6 et 7 juin 2020

MODULE 3
  ATELIERS de Médiation corporelle 
« Gestion de stress, des troubles anxieux, du burnout et prise en charge des dépressions »
12 et 13 septembre 2020

MODULE 4
ATELIERS d’ART-THERAPIE
« Supervision en art-thérapies »
« La stratégie du détour en art-thérapie »
12 et 13 décembre 2020

Formateur : Jean-Louis Aguilar

art-thérapeute spécialisé en médiations thérapeutiques, artistiques, culturelles et corporelles-30 ans d’expériences en milieu hospitalier psychiatrique

DU « Psychiatrie, Psychothérapies médiatisées et Créativité » Faculté de Médecine Paul Sabatier de Toulouse

Certificat de Praticien en Art-thérapie / INFIPP de Lyon

Certificat de Praticien en médiation corporelle et relaxation
CRESMEP (Centre de psychosomatique relationnelle de Montpellier)

DU de « Médecine, Méditation et Neurosciences » Faculté de Médecine de Strasbourg

Enseignant-vacataire au CHU Purpan de Toulouse
DU « Psychiatrie, Psychothérapies médiatisées et Art-thérapie » dirigé par le Dr François Granier

Enseignant-vacataire Université Jean Jaurès de Toulouse
DU « Art-thérapies » dirigé par le Pr. Jean-Luc Sudres
Membre de l’équipe pédagogique du DU Art-thérapies du Pr Sudres

Chargé de cours et chercheur en Art-thérapie au CEPPA
Centre Européen de Psychologie clinique et de Psychanalyse
dirigé par le Dr Fred Fliege à Frontignan

Enseignant-vacataire à Université de Gérone (Espagne)
Master d’Arteterapia dirigé par Miguel Izuel / Psychanalyste et art-thérapeute

Président de l’Association de Recherche en Art et Thérapie (ARAT)

Directeur de Recherche Associative au CSRA
(Comité Scientifique de Recherche en Art-thérapie de l’ARAT)

Inscriptions et informations auprès de :
JLAA / Art-thérapies / Formation
jlaa.artiste@gmail.com
Port. 0683595110
Page Face Book   https://www.facebook.com/laidsarts/

mardi 7 janvier 2020

"Ce n'était que du cinéma" : les syndicats racontent deux ans de "concertation" sur la réforme des retraites

Edouard Philippe ouvre la porte....

Un écran de fumée ? Le 9 décembre 2019, l'ex-haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye dressait un bilan plutôt flatteur de deux années d'échange sur la réforme des retraites. Et se félicitait des "50 réunions" qui s'étaient tenues avec les syndicats, sans compter "130 réunions avec les différentes professions" , pour élaborer le futur "système universel" à points voulu par l'exécutif.

Une satisfaction qui, aujourd'hui, tranche avec la durée d'un conflit social qui s'éternise. Mardi 7 janvier 2020, la grève contre la réforme des retraites à la SNCF est entrée dans son 33e jour,  battant ainsi largement le record du conflit social de l'hiver 1986-1987, qui avait duré 28 jours. La CGT, FO, FSU, CFE-CGC et Solidaires appellent à une nouvelle grève interprofessionnelle, jeudi 9 janvier, et à une nouvelle manifestation, samedi 11 janvier. Les rencontres gouvernement-syndicats reprennent ce mardi 7 janvier. Pour un même résultat ?

"Donner le sentiment  qu’il y avait concertation"

Interrogés, la plupart des syndicats disent s'être heurtés à un mur depuis le début des discussions, au printemps 2018. "Nous avons expliqué en quoi le système à points n'était pas une bonne idée, mais en vain",  explique le secrétaire général de FO, Yves Veyrier, qui a participé à des rencontres "bilatérales" avec l'équipe Delevoye. "Les 18 mois de 'concertation', c’était pour changer les virgules et les points" dans le texte du projet, abonde Fabrice Michaud, secrétaire général de la CGT Transports.

"A l’arrivée, le projet Delevoye est quasiment à 100% le texte d’origine. Cette concertation, ce n'était que du cinéma ! Il s'agissait simplement de donner le sentiment aux Français qu’il y en avait une", lance enfin le secrétaire national chargé des retraites à la CFE-CGC, Pierre Roger, qui a assisté à une "trentaine de réunions". Particulièrement remonté, le président du syndicat des cadres, François Hommeril, confirme.

La méthode de 'concertation' du gouvernement n’est rien d’autre qu’un enfumage permanent. On arrive à l’évidence d’un projet qui était figé dès le départ, avec des paramètres qui sont restés les mêmes du début à la fin.
François Hommeril, président de la CFE-CGC
à franceinfo

Surtout, les dirigeants de la CGC se disent interloqués par l'absence de tout chiffrage donné par le gouvernement sur le passage d'un système à l'autre. Dans le futur système, les cadres ne pourront cotiser pour leur retraite qu'à hauteur de 10 000 euros bruts mensuels, contre 27 000 euros actuellement. "Réduire les cotisations retraites de 8 à 3 plafonds de Sécurité sociale, ça occasionne un manque à gagner de 65 milliards sur une vingtaine d’années. Comment on va les compenser ?" interroge Pierre Roger.

Et le syndicaliste d'égrener : "On a demandé à l'équipe Delevoye et au gouvernement comment ils allaient compenser ce trou : pas de réponse. C'était pareil pour le reste. On les interrogeait : 'Quelles avancées sur la retraite progressive ?' Pas de réponse. 'Est-ce qu’on peut discuter des critères de pénibilité ?' Pas de réponse. On nous disait : 'On verra plus tard.' Ça donnait le sentiment que les sujets étaient vus. Mais pas du tout. C'était frustrant."

Un automne 2019 "sans résultat"

Après ce premier round "d'échanges", Jean-Paul Delevoye rend, en juillet 2019, ses 132 pages de "préconisations" pour un "système universel de retraites". A cette date, on n'est toujours pas entré dans le dur des discussions explicitant le passage des 42 régimes existants au futur système à points. "C'est normal que les négociations sectorielles n’aient démarré qu’à partir de juillet 2019, une fois le rapport rendu, s'agace-t-on au secrétariat d'Etat aux retraites. Jean-Paul Delevoye a toujours dit que système universel ne veut pas dire unique, mais commun avec des spécificités. Il fallait d'abord définir les grandes lignes. C'est pareil avec les chiffrages : c'est infaisable tant que tous les paramètres ne sont pas fixés."

Des avancées ont-elles, néanmoins, eu lieu à l'automne ? Oui, "chez les policiers, parce que nous avons décidé d'agir par de multiples moyens, qui sont allés de la grève du zèle à des mouvements d'absence importants, lâche le secrétaire général de l'Unsa-Police, Philippe Capon. A partir d'octobre, nous avons fini par obtenir des premières assurances du ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner."

Les autres syndicalistes questionnés, eux, n'ont rien vu venir. Pour Roger Dillenseger, de l'Unsa-ferroviaire, "il y a eu des échanges certes cordiaux avec l'équipe de Jean-Paul Delevoye sur le cas des cheminots à partir de fin octobre. Mais sans résultat." De l'avis général, les discussions, et surtout les concessions n'ont commencé qu'après la grève "reconductible" lancée le 5 décembre contre la réforme des retraites.

Certains décrochent "la timbale"

Six jours plus tard, le Premier ministre, Edouard Philippe, lâche du lest. Le 11 décembre, il annonce que le nouveau système à points ne s'appliquera qu'à partir des personnes nées en 1975 et non en 1963, comme prévu initialement dans le rapport Delevoye.  Pour les agents roulants de la RATP et de la SNCF (qui, de toute façon, n'embauche plus au statut cheminot depuis le 1er janvier), l'entrée en vigueur est renvoyée à la génération née à partir de 1985.

Parallèlement, le gouvernement fait miroiter à l'Unsa-ferroviaire (minoritaire à la SNCF) une retraite au montant plus avantageux pour les cheminots concernés par les deux systèmes de retraite. Plus discrètement, "pilotes, hôtesses de l'air et stewards décrochent la timbale", selon Les Echos. Les navigants obtiennent le maintien "d'un régime complémentaire légal obligatoire par répartition" où ils peuvent cotiser, pour leur retraite, jusqu'à huit fois le plafond de la Sécurité sociale... Soit exactement ce que réclame en vain la CGC pour tous les salariés concernés. "Oui, depuis le 5 décembre, le gouvernement fait beaucoup de concessions", constate Yves Veyrier. Mais bien tard, selon lui.

L'exécutif a attendu jusqu’au dernier moment pour se rendre compte que sa réforme ne passait pas comme une lettre à la poste.
Yves Veyrier, secrétaire général de FO
à franceinfo

"Les marins, les danseurs... Tout ça n’avait jamais été vu dans le détail", ajoute-t-il. De la CGT à l'Unsa, beaucoup jugent que le gouvernement parie surtout sur le pourrissement du mouvement, et sur la division syndicale. Roger Dillenseger s'en désole. "J’ai connu, déplore-t-il, un autre niveau de dialogue social qu’aujourd’hui. Ne pas faire confiance au corps social est une erreur qui se paie. Tôt ou tard."

"La réforme en Conseil des ministres le 22 janvier" 

Qu'attendre des nouvelles rencontres qui débutent mardi entre les syndicats et le gouvernement, sommé par Emmanuel Macron de trouver un "compromis rapide" ? La CGC se le demande. "Je ne sais pas de quoi on va parler. De toute façon, le champ des négociations est restreint puisque le projet sur la réforme des retraites passe en Conseil des ministres pendant la semaine du 20 janvier. Je ne vois pas comment avoir un calendrier où l'on pourra discuter des points techniques", observe Pierre Roger. Avant d'asséner : "Je n’ai jamais vu ça."

Le secrétariat d'Etat aux Retraites assure néanmoins que le projet est "encore en cours de rédaction", et qu'on peut ensuite "inclure des amendements s'il le faut". A la CFDT, pourtant défenseuse du système à points, le secrétaire national chargé des retraites, Frédéric Sève, semble tout aussi désabusé que ses homologues : "Nous, la CFDT, avions trois grandes revendications afin que le système à points comprenne des droits nouveaux : une pension minimale à 100% du smic, la retraite progressive et le retour aux dix critères de pénibilité de 2017."  Aucune n'a été satisfaite pour l'instant.

Blocage sur la pénibilité

Sur la pension minimale, le gouvernement s'est contenté de mentionner comme objectif "85% du smic". Le dossier de la retraite progressive est au point mort et la porte semble étroite sur la pénibilité. "La loi Pénicaud a éliminé les quatre critères de pénibilité qui concernent le plus de monde [manutention de charges lourdes, postures pénibles, vibrations mécaniques et risques chimiques], regrette Frédéric Sève. Et là-dessus, il y a blocage total. On devait discuter de ces sujets à l’automne, on n’a rien vu venir. C’est invraisemblable, presque pathologique."

Il n’y a pas eu d’avancée sur ce qui pourrait donner un sens social au système à points, alors que c’était le cœur du sujet.
Frédéric Sève, secrétaire national de la CFDT
à franceinfo

Reste, pour le syndicat, la "ligne rouge" de l'âge pivot, fixé à 64 ans en 2027 (si la retraite est prise plus tôt qu'à 64 ans, la pension est amputée d'un malus). Dimanche, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a demandé sur France 2 que cet  "âge d'équilibre" ne figure pas dans le projet de loi, et que l'exécutif "convoque une conférence de financement des retraites" pour "travailler à des propositions sur l'équilibre du régime à moyen et long terme".

En attendant de savoir si le gouvernement s'empare de cette proposition émise par la seule CFDT, la semaine sera rythmée par les grèves et les manifestations auxquelles appellent les syndicats opposés à la réforme. Du côté de la CGC, François Hommeril dit "n’attendre plus rien" des négociations qui reprennent mardi, ni de "ce gouvernement qui est parti dans une vaste manœuvre de manipulation de l’opinion. La seule motivation, c'est de faire baisser, en tendance et sur le long terme, la retraite par répartition."

...pour mieux la refermer !

Sources : Anne Brigaudeau /  France Télévisions
Mis à jour le 
publié le 
https://www.francetvinfo.fr/economie/greve/greve-du-5-decembre/ce-n-etait-que-du-cinema-les-syndicats-racontent-deux-ans-de-concertation-sur-la-reforme-des-retraites_3768027.html?fbclid=IwAR03LQnBUWbCHDnKVB0TfcFyl8Yacz-VKZCI0aD5G8O4scqVaGnvwmh3Roo

Laurent Mauduit : « une Caste dissout l’État de l’intérieur au profit des intérêts privés » (Interview)


Dans son dernier livre : La Caste, publié aux éditions La Découverte, Laurent Mauduit met à nue la haute fonction publique. Entre enrichissement personnel et prise de pouvoir, le cofondateur de Mediapart signe une enquête passionnante. Entretien.

C’est un livre qui, à n’en pas douter, fera date. Avec La Caste, Laurent Mauduit nous emmène dans les arcanes du pouvoir à travers une enquête fouillée, précise et ô combien précieuse pour comprendre comment se fabrique et se perpétue l’oligarchie à la française. Une oligarchie qui, loin d’œuvrer dans l’intérêt général, cherche avant tout à conforter sa domination tout en se remplissant les poches au détriment de la Nation. Un livre qu’on ne peut que recommander chaudement à ceux qui cherchent à comprendre la construction d’un pouvoir tout en évitant le piège des théories du complot.

Mr Mondialisation : La caste, qu’est-ce que vous désignez par cette appellation ?

Laurent Mauduit : Nous vivons, en France, dans un capitalisme qui s’est converti au modèle anglo-saxon et qui est donc devenu beaucoup plus inégalitaire que par le passé, comme en témoigne la crise sociale historique que nous traversons avec le mouvement des gilets jaunes. Mais notre pays ne traverse pas qu’une crise sociale ; il traverse aussi une crise démocratique. Et si c’est le cas, c’est parce qu’un petit groupe de très hauts fonctionnaires, essentiellement issus de l’un des corps d’élite de Bercy, l’Inspection des finances, a réalisé au fil des ans, un double hold-up, d’abord sur la vie des affaires, ensuite sur le pouvoir.

Le premier hold-up a été effectué grâce aux privatisations : les hauts fonctionnaires chargés de les conduire les ont souvent effectuées à leur propre profit puisqu’ils ont pris les commandes des groupes privatisés. Regardez par exemple les banques françaises : elles sont toutes aujourd’hui dirigées par des Inspecteurs des finances, qui ont déserté le service de l’intérêt général, et qui ont pactisé avec la finance. Et puis, plus récemment, certains de ces anciens hauts fonctionnaires qui étaient passés dans le privé sont revenus dans le public, et on a assisté à une sorte de privatisation des postes clefs de la République. Observez que le gouverneur de la Banque de France vient de BNP-Paribas ; le patron de la Caisse des Dépôts de l’assureur italien Generali ; le directeur de cabinet du ministre des Finances de la banque italienne Mediobanca ; le secrétaire général de l’Élysée du transporteur maritime MSC ; et Macron lui-même est emblématique de cela puisque, Inspecteur des finances, il est passé par la banque Rothschild avant de revenir vers la sphère publique.

C’est donc cela, la Caste : une petite oligarchie de hauts fonctionnaires qui a mis la main sur une partie de la vie des affaires, et qui, avec Macron, a maintenant aussi pris le pouvoir en France.

Mr Mondialisation : Dans votre enquête, il est beaucoup question de pantouflages et de retropantouflages. Qu’est-ce que ces termes désignent, et dans quelle mesure ces phénomènes constituent-ils un problème pour notre démocratie ?

Laurent Mauduit : C’est précisément ce que je viens de vous dire. L’épisode 1, celui des pantouflages, a permis à cette caste de prendre le contrôle de secteurs clefs de la vie économique, et tout particulièrement du secteur de la finance. Et puis l’épisode 2, celui des rétropantouflages, a permis aux mêmes de prendre en main tous les rouages de l’État, jusqu’au sommet.

Si l’on regarde en arrière, les pantouflages constituent une pratique très ancienne. Déjà sous le Second Empire, les Inspecteurs des finances se ruaient dans les banques privées pour y faire fortune. En revanche, les rétropantouflages sont un phénomène nouveau, en tous cas par leur ampleur. Si nouveau qu’ils ont entraîné avec Macron un phénomène nouveau : une porosité générale entre l’intérêt général et les affaires privées. La muraille de Chine qui a presque toujours existé entre ces deux univers est en train de s’effondrer, entraînant une sorte de dissolution de l’intérieur de l’État au profit des intérêts privés. Et cette porosité généralisée est assumée puisque Macron propose que le temps passé dans le privé par un haut fonctionnaire qui revient ensuite vers la sphère publique soit pris en compte pour son avancement dans la fonction publique. C’est donc une implosion de la fonction publique qui est engagée.

Mr Mondialisation : L’affaire de l’actuel secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kholer, fait l’actualité depuis quelques mois. Pourriez-vous nous remémorer les faits et nous expliquer en quoi ils constituent un parfait exemple des dérives de la haute fonction publique ?

Laurent Mauduit : Cette porosité généralisée débouche sur une cascade sans précédent de conflits d’intérêts, qui posent soit des problèmes éthiques, soit des problèmes de prise illégale d’intérêt, c’est-à-dire des problèmes pénaux. Et c’est vrai que le cas d’Alexis Kohler, l’actuel secrétaire général de l’Élysée, est très emblématique de cela. Car à deux reprises, en 2014, puis en 2016, il a voulu quitter ses fonctions de membre du cabinet ministériel (auprès de Moscovici dans le premier cas, de Macron dans le second), pour rejoindre comme secrétaire général le géant mondial du transport maritime, MSC, sans jamais dire qu’il était lié familialement à ce groupe. Pis que cela ! Auparavant, il était haut haut fonctionnaire à l’Agence des participations de l’État (la grande direction de Bercy qui gère les participations de l’État), et a siégé à ce titre comme représentant de l’État au conseil d’administration de STX (les chantiers navals de Saint-Nazaire), à une époque où MSC était son unique client ; et il a siégé à la même époque comme représentant de l’État au conseil de l’Établissement public du port du Havre, dont MSC était le principal opérateur. Or, dans les deux cas, il a également caché qu’il était lié d’un point de vue familial à ce groupe tout en votant des mesures en sa faveur. Pour finir, le scandale a fait tellement de vagues, du fait des révélations de Mediapart, que le parquet national financier a été contraint d’ouvrir une enquête préliminaire visant Alexis Kohler, qui est donc le principal collaborateur de Macron.

Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce n’est pas un cas isolé. Au contraire, la porosité généralisée à laquelle nous assistons génère des conflits d’intérêts de ce type en cascade. Je vous en donne juste une autre illustration, celle d’Emmanuel Moulin, l’actuel directeur de cabinet du ministre des Finances Bruno Le Maire. Ancien de la direction du Trésor, il a souhaité voici quelques années pantoufler : il a rejoint comme secrétaire général la banque italienne Mediobanca. Comme par hasard, cette banque a été choisie peu de temps après par le ministère des Finances comme banque-conseil pour conseiller l’État lors de la privatisation de l’aéroport de Nice. Or, on a découvert que cette même banque était aussi actionnaire minoritaire du consortium qui a gagné la privatisation. Épaulée par Emmanuel Moulin, issue de Bercy, la banque était donc en plein conflit d’intérêts, étant tout à la fois du côté du vendeur et du côté des acquéreurs. Ce qui est tout à fait choquant. Et comme si de rien n’était, Emmanuel Moulin a donc quelque temps après été coopté comme directeur de cabinet. Voilà où conduit cette porosité : à une prédation des intérêts publics par des intérêts privés.

Mr Mondialisation : À travers une rétrospective historique, vous rappelez dans votre livre que les dérives de la haute fonction publique étaient déjà monnaie courante durant le Second Empire. Qu’est-ce qui distingue les dérives d’hier et les affaires que vous analysez aujourd’hui ?

Laurent Mauduit : Oui, la consanguinité est un trait distinctif depuis très longtemps du capitalisme français. Du capitalisme de connivence qui prévaut sous Napoléon le Petit jusqu’au capitalisme du Fouquet’s qui sévit sous le Petit Nicolas, ce sont les mêmes mélanges des genres que l’on constate. Mais avec Macron, on fait tout de même un pas de plus, spectaculaire, vers ce système poreux. Pour la bonne raison que le chef de l’État lui-même est l’un de ces hauts fonctionnaires essuie-glace, qui est venu de la sphère publique, avant d’aller s’enrichir chez Rothschild, puis de partir à la conquête du sommet de l’État. Avec lui, la porosité n’est pas une dérive. D’un seul coup, elle fait système.

Mr Mondialisation : Vous faites la distinction à plusieurs reprises entre le capitalisme à la française et le capitalisme anglo-saxon. Pourquoi cette distinction vous semble-t-elle nécessaire ?

Laurent Mauduit : Le capitalisme anglo-saxon est beaucoup plus inégalitaire que le capitalisme des Trente Glorieuses que la France a connu jusqu’à la fin des années 1970. La France a donc connu un choc immense en se convertissant à ses règles à partir du milieu des années 1980, car c’est une forme de capitalisme qui fait exercer une véritable tyrannie du capital sur le travail. C’est un capitalisme d’actionnaires dont la seule logique est le profit… pour les actionnaires.

Mais, en se ralliant à ce modèle, la France a fait un choix curieux : elle a importé certaines des règles de fonctionnement de ce capitalisme (le primat au profit des actionnaires ; les rémunérations insensées ; etc.) mais elle n’a pas importé certaines des autres caractéristiques de ce capitalisme anglo-saxon, qui sous la pression des marchés financiers pourchasse l’opacité et défend les principes de transparence, tout en pourchassant aussi toutes les situations de conflits d’intérêts.

En fin de compte, le capitalisme français est devenu un capitalisme hybride : il a copié le pire du capitalisme anglo-saxon (la tyrannie du capital ; les rémunérations hallucinantes pour les cadres dirigeants), mais il a gardé le pire du vieux capitalisme hexagonal (les conflits d’intérêts, l’opacité, la consanguinité…). C’est donc sur un terrain déjà très préparé que Macron a pu prendre le pouvoir et promouvoir un système de mélange des genres généralisés.

« LA FRANCE BAIGNE DEPUIS LONGTEMPS DANS UNE CULTURE DE DÉMOCRATIE ANÉMIÉE »

Mr Mondialisation : Quand on vous lit, on a le sentiment que la Ve République est viciée de toute part. Il existe pourtant des organismes chargés de contrôler la probité de nos élus ? Comment travaillent-ils et pourquoi n’arrivent-ils pas à endiguer le phénomène ?

Laurent Mauduit : La France baigne depuis longtemps dans une culture de démocratie anémiée. C’est le legs de la monarchie, du bonapartisme, du gaullisme : nous vivons dans un système présidentialiste qui confère des pouvoirs absolument exorbitants au monarque républicain, et des pouvoirs dérisoires sinon nuls à tous les contre-pouvoirs ou autorités indépendantes. Observez ce que sont les prérogatives microscopiques du Parlement français par rapport à celles du Congrès américain. Alors oui, il existe, comme vous le soulignez, des organismes pour contrôler la probité des élus. Mais certains de ces organismes sont récents. Dans le cas de la haute autorité pour la transparence de la vie publique – qui constitue une réelle avancée démocratique-, vous savez que c’est une création récente, survenue au lendemain du scandale Cahuzac, révélé par Mediapart. D’autres autorités ne sont indépendantes qu’en apparence. Comment voulez-vous qu’une autorité soit réellement indépendante quand son président est nommé par le chef de l’État et qu’il est souvent l’un de ses obligés ?

Mr Mondialisation : On associe souvent le macronisme au bonapartisme. Vous-même, dans votre livre, usez de cette comparaison. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Laurent Mauduit : Pour la raison que je viens de vous indiquer : c’est la même culture politique assez faiblement démocratique ; c’est la même culture autoritaire, verticale, avec un chef qui décide de tout ; qui peut gouverner par ordonnance ; c’est la culture du « coup d’État permanent » que François Mitterrand avait en d’autres temps justement dénoncé, avant d’en faire un usage immodéré une fois au pouvoir. La France ne connaîtra une refondation démocratique que lorsqu’elle tournera le dos à ces pratiques. C’est l’une des revendications du mouvement des gilets jaunes, et elle est pour le moins la bienvenue.

Mr Mondialisation : Vous revenez longuement sur le rôle de l’ENA dans la reproduction des élites. Vous défendez même la suppression pure et simple de cette école. Comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion ?

Laurent Mauduit : L’ENA est une exception française : c’est une école qui a été créée pour former des hauts fonctionnaires dans le cadre d’une démocratie autoritaire. Dans son livre L’étrange défaite, écrit juste au lendemain de la débâcle de Juin-40, le grand républicain Marc Bloch critiquait vivement le Front populaire qui avait eu, juste avant la guerre, l’idée de créer l’ENA – qui ne verra finalement le jour qu’à la Libération. Et il le faisait avec des arguments très forts, estimant que l’on ne pouvait pas former les élites publiques au travers d’un moule de formation unique, et qu’il fallait au contraire laisser à l’Université, dans le pluralisme de ses approches, le soin de former ces élites publiques. Je trouve que cette remarque est d’une très grande actualité.

De surcroît, cette caste est devenue si puissante et si arrogante qu’il serait opportun, me semble-t-il, de prendre des mesures énergiques, pour lui briser les reins. La suppression de l’ENA pourrait donc être une mesure symbolique de cette nature. Mais, par-dessus tout, je pense qu’il faudrait envisager la suppression pure et simple de l’Inspection des finances, qui ne sert à rien : c’est juste une association d’entraide pour oligarques.

Mr Mondialisation :  Votre collègue Fabrice Arfi expliquait sur France 24 ce mardi 26 mars que la France était l’un des pays où l’on comptait le plus d’affaires politico-financières. Est-ce un symptôme de cette prise de pouvoir par la Caste ?

Laurent Mauduit : Oui, sûrement. Mais cela découle surtout des institutions présidentialistes dont cette caste se sert avec délectation. Car quand, face à la toute-puissance d’un hyperprésident, les autorités indépendantes sont faibles ou inexistantes ; quand la justice n’est pas réellement indépendante ; quand le pays barbote dans un système de consanguinité malsaine, cela favorise nécessairement des dérives.

M : Auriez-vous un dernier mot pour les lecteurs de Mr Mondialisation ?

Laurent Mauduit : De suivre le conseil auquel vous ne cessez vous-même de les inviter : de traverser la vie les yeux ouverts, en hommes libres ; d’essayer de comprendre le monde, tel qu’il bouge, et de n’abandonner son destin à nul homme providentiel ; d’être un acteur de la vie publique. Il n’y a pas d’autre voie pour refonder notre démocratie : que chacun y contribue…

Propos recueillis par T.B.


Sources : 

dimanche 3 novembre 2019

Les sciences neurocomportementales, nouvelle avancée du néolibéralisme.

1 NOV. 2019 PAR ROYER BENJAMIN BLOG : LE BLOG DE ROYER BENJAMIN

Pourquoi le développement hégémonique des neurosciences nous apprend davantage sur les avancées de l'idéologie néolibérale que sur l'être humain.


Des origines économiques des sciences neurocomportementales à leur utilisation politique en psychiatrie et dans l’éducation.

Le récit actuellement dominant au sujet des sciences neurocomportementales est un récit principalement prospectif et performatif. Nouvel organisateur collectif du sens du progrès social, il se redouble du récit, intime celui-ci, de l’entreprise d’amélioration de soi via la prescription de comportements dans une redéfinition positiviste d’un ensemble de « bonnes pratiques ». Enfin, la nomination à des positions institutionnelles symboliques dominantes de plusieurs représentants de ces disciplines vient légitimer certaines réformes de l’action publique préfigurant un nouveau champ de technologies d’ingénierie politique. Je propose ici de prendre à rebours ce discours dominant et de construire un récit en contrepoint de cette construction souvent anachronique et triomphaliste qui sera le récit du développement actuel du néolibéralisme à la lumière de l’essor hégémonique des sciences neurocomportementales.

Notre expérience politique, dont l’horizon démocratique se réduit chaque jour davantage, s’accommode du développement d’un nouvel imaginaire social que je qualifierai entrepreneuriat neurocomportemental. Le développement de cet imaginaire, correspond à un certain effet de mode décrivant les neurosciences[1] comme le récit prospectif de la grande aventure intellectuelle de conquête du 21ème siècle après la lune et le génome humain qui voit supplanter le progrès technologique au progrès social. Il tient tout autant aux effets de description du cerveau comme objet fascinant se prêtant parfaitement au jeu de la vulgarisation au point que de nombreux médias en ont fait une ligne éditoriale régulière. Certaines maisons d’éditions comme Odile Jacob en sont venues à consacrer la part la plus lucrative de leur catalogue à la vulgarisation des découvertes sur le cerveau pour en faire des recettes de vies et divers produits dérivés[2].

C’est qu’à la découverte de ce nouveau « territoire vierge » qu’est le cerveau vient s’ajouter la promesse du développement d’une nouvelle technologie de découverte du monde par la découverte de soi, faisant de chacun l’entrepreneur de cette grande aventure collective, scientifique et économique avec son propre cerveau et à domicile, au chaud dans le giron des applications de son smartphone[3]. Cette nouvelle rationalité performative se décline quotidiennement dans un ensemble de discours à la tonalité particulièrement conquérante et exaltée d’une évangélisation en marche : en plus d’acquérir une position importante sur le marché des biens de consommation culturels et numériques et de devenir un discours dominant d’explication de l’ensemble des dimensions de l’existence, les sciences neurocomportementales accèdent maintenant à des positions de reconnaissances institutionnelles qui les placent en positions nettes de domination dans les conflits au sein de nombreux champs disciplinaires. Le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel décerné en 2017 à R. Thaler pour sa théorie des Nudges en économie comportementale, la nomination par J. -M. Blanquer de S. Dehaenne à la tête du tout frais Conseil Scientifique de l’Education Nationale en 2018 et la nomination en avril 2019 au poste - nouveau également - de Délégué ministériel à la psychiatrie de F. Bellivier, chercheur en neuropsychopharmacologie.

 Ce développement de la diffusion et de l’autorité d’une discipline relativement neuve doit, me semble-t-il, être questionnée du point de vue de l’idéologie qui sous-tend ce développement[4] mais aussi du point de vue des formes nouvelles de gouvernementalité qui en résultent. Pour le dire autrement : quelle utilisation politique est faite des sciences neurocomportementales et quel genre de leviers politiques nouveaux concrétisent ces nominations récentes à des postes qui ont été spécialement créés pour l’occasion ?

Asseoir son hégémonie par la crise : l’exemple de la psychiatrie

Le contexte socio-économique de ces nominations mérite notre attention. Depuis bientôt deux ans un nombre important d’équipes de soignants en psychiatrie ont lancé différents mouvements de lutte sociale demandant de mettre des moyens au service du sens de leur travail et des conditions d’accueil du public. Un mouvement en est né, le Printemps de la psychiatrie, rassemblant patients, familles, soignants pour un renouveau des soins psychiques à partir de pratiques qui donnent du sens au travail et une dignité à l’accueil[5]. Opposant à une psychiatrie normative, prescriptive et maltraitante car rendue à des impératifs de réduction budgétaires, une psychiatrie humaine, relationnelle et créative. Dans sa réponse, la ministre de la santé a surtout diagnostiqué un problème de méthodes d’organisation et de travail, reprenant ainsi mot pour mot l’analyse des représentants de la Fondation FondaMentale[6].

FondaMental développe et promeut une vision exclusivement biologisante de la maladie mentale et des soins inspirée strictement des paradigmes neurocomportementaux. Elle fonctionne selon le principe d’un partenariat public/privé inspiré du Think Tank l’Institut Montaigne qui œuvre à la diffusion d’une vision néolibérale de l’action publique et a pour partenaires pas moins de sept laboratoires pharmaceutiques, un groupe de cliniques privées, le site internet Doctissimo, l’agence de communication digitale Thinkovery, et pour mécènes Bouygues ou Dassault. Et c’est un chercheur responsable d’un centre expert Fondamental qui a été nommé Délégué ministériel à la psychiatrie. Quand la question du lobbying de FondaMental a été posée à une élue de la majorité, M. Wonner, rapporteure d’une mission flash sur le financement de la psychiatrie[7], sa réponse a été : « Je suis tout à fait pour FondaMental. Etes-vous contre la science ? »


Banderole dénonçant la Fondation FondaMental lors de la manifestation du 22 janvier


Les méthodes neurocomportementales, permettront selon FondaMental de sortir de l’état d’urgence, récupérant à leur compte la colère des acteurs de terrain en capitalisant dessus de façon honteuse[8]. Le désastre actuel de la psychiatrie ne s’explique alors pas tant par les politiques d’austérité et le management inapproprié à la nature du travail qui découlent d’orientations politiques et de choix de société. La psychanalyse peut éventuellement être parfois évoquée comme responsable du naufrage. Le paradoxe est d’un cynisme étonnant : les méthodes qui contribuent à vider le métier de son sens et contre lesquels la colère des équipes soignantes était dirigée lorsqu’elles transforment la science en protocole asservissants doivent venir répondre au malaise qu’elles ont contribué à alimenter. Nous retrouvons ici une logique qui n’a strictement rien à voir avec la science : profiter d’une crise, capitaliser médiatiquement dessus en récupérant un mouvement social pour finalement légitimer des réformes qui imposeront de façon hégémonique des pratiques qui ont justement produit la crise. Cette logique correspond exactement à celle d’une révolution conservatrice.

La transformation des sciences neurocomportementales en sciences de la réforme : l’exemple de l’éducation

Dans la même période, l’école connait une histoire semblable à celle de l’hôpital et les neurosciences y jouent le même rôle. La nomination de J. -M. Blanquer et la création du Conseil Scientifique de l’Education Nationale en 2018 dont la majorité des membres sont des neuroscientifiques marquent l’entrée dans l’éducation des neurosciences à une place d’autorité institutionnelle. La justification qui légitime cette place sera, à peu de choses près, la même qu’en psychiatrie : les inégalités à l’école qui trouvent leur racine dans des inégalités d’accès aux apprentissages ne résultent plus d’un problème de moyens mis à disposition qui renvoie lui-même à un ensemble de choix de société et politiques mais d’un problème de méthodes. Or, grâce à l’IRM (Imagerie par Résonnance Magnétique), nous savons comment fonctionne l’apprentissage quel que soit le contexte social. Il reste à contraindre les enseignants à se former à ces méthodes à l’efficacité scientifiquement prouvées. Ici encore, jamais ne sont pointées du doigt les politiques d’austérité qui ont été appliquées et vont continuer à l’être pour encore longtemps. C’est tout juste si les quelques politiques menées dans l’espoir de résoudre les inégalités sociales ne sont pas, au contraire, accusées de les avoir produites. Souvent, les sciences de l’éducation sont désignées comme responsables ici aussi du naufrage, et dans le sillage de la dénonciation de la psychanalyse, leur manque de scientificité est régulièrement mis en cause.

La méthode mise au point par les sciences neurocomportementales est, pour sa part, proposée par l’association, Agir Pour l’Ecole (APE), qui émane directement là encore de l’Institut Montaigne. L. Bigorgne, directeur de Montaigne en est le président, et J. -M. Blanquer en a été membre du comité directeur alors qu’il a réalisé son livre programmatique L’école de demain[9] avec la participation de l’Institut Montaigne. F. Annor qui est conseillère spéciale au cabinet de J. -M. Blanquer était également salariée à l'Institut Montaigne. Enfin APE est financée par AXA, Bettencourt et le groupe Dassault.

Concernant la méthode, connue sous le nom du dispositif PARLER, elle consiste à un exercice répété de la discrimination phonologique davantage qu’à l’apprentissage réel de la lecture, et de nombreux doutes sont émis sur son efficacité[10]. Au mieux l’évaluation de cette méthode prouve pour l’instant que cette méthode d’entrainement active produit des enfants entrainés activement. Elle est néanmoins étiquetée « Evidence-Based[11] », car « fondée sur des preuves » évaluées par des chercheurs (qui, remarquons-le, sont eux-mêmes membres de APE), et a été imposée de façon autoritaire à la rentrée 2018 dans plus d’une centaine de classes dans le département du Nord au titre d’« expérimentation innovante ». Cela permet maintenant de vendre le Programme PARLER aux enseignants en précisant que « l'efficacité des produits a été scientifiquement mesurée dans le cadre d'un cycle d'expérimentations unique en France, mené sur plus de 10 000 élèves[12] ».  Enfin, au nom de la scientificité prouvée de cette méthode et de l’objectivité de ces résultats, J. -M. Blanquer et APE souhaitent remettre en cause l’autonomie de choix pédagogique des enseignants dans ce qu’ils appellent ironiquement « un pacte de confiance[13] ».

Cet impressionnant tour de passe-passe entre privé et public qui permet à une association privée financée par d’importantes entreprises et rattachée à un think tank néolibéral de tester sa méthode dans les écoles publiques en l’absence de convention passée avec l’Education nationale est en réalité la suite directe de l’aventure Céline Alvarez[14]. Cette chercheuse en neurosciences avait produit une éphémère « révolution » dans l’éducation en réinventant les méthodes Montessori à l’aide des neurosciences. Elle avait été soutenue par J. -M. Blanquer, alors Directeur Général de l’Enseignement Scolaire et son dispositif financé par APE chargée déjà d’assurer l’évaluation d’une méthode qu’elle finançait avec le concours de S. Dehaene. Les résultats n’avaient finalement fait l’objet d’aucune validation sérieuse et le phénomène avait disparue aussi vite qu’il était apparu[15] au point que son nom n’est plus cité qu’une fois sur le site d’APE.

Si, du point de vue des pratiques, il ne reste pas grand-chose de cette « bombe pédagogique », cet épisode avait principalement servi à nourrir une critique forte de l’école publique face au secteur privé concurrentiel[16]. Le livre de C. Alvarez, comme son nom le suggère, s’adressait davantage aux parents qu’aux enseignants qui trouvaient souvent son discours déconnecté de la réalité. C’est justement sur les parents et par son intense médiatisation que « l’effet Alvarez » a été le plus important, en constituant dans l’opinion public les parents comme groupe d’influence demandant pour leurs enfants ce que le service public ne veut pas leur donner : les méthodes à l’efficacité scientifiquement prouvée et certifiée sur lesquelles la France est en retard de [X][17] années par rapport à [Y][18].


Les méthodes neurocomportementales prennent ici une fonction politique particulière : elles viennent légitimer une première introduction de logique privé concurrentielle dans le champ de l’éducation publique en la présentant comme une évidence scientifique. Cela revient à introduire une logique concurrentielle qui ne dit pas son nom dans un champ qui échappe habituellement à cette logique en s’appuyant sur la population constituée en groupe d’intérêt de sorte à finalement structurer ce champ à partir de cette logique concurrentielle. Cette restructuration à partir de choix du public aura automatiquement pour effet d’entraîner mécaniquement une privatisation du secteur à partir de réformes qui non seulement finiront par être réclamées mais qui seront, de plus, jugées progressistes.

Micropolitique comportementale

C’est un renforcement de ce que D. Madsen Pirie appelait dans la théorie des choix publics, la Micopolitique. Pour cet économiste anglais, fondateur du Think Tank Adam Smith Institute, qui a influencé les méthodes de M. Thatcher en matière de privatisation, la micropolitque a pour effet de produire « un ensemble de techniques, dont l'application a pour résultat de transformer les prestations politisées du "service public" en production marchande et privée. [19]» Pour cela, la micropolitique se proposait de trouver les leviers compensatoires à actionner pour que le citoyen offre en échange sa pleine adhésion à une réforme qui lui sera à terme défavorable.

 « L'offre d'un substitut privé à un "service public" est une stratégie micropolitique que l'on désigne sous le terme générique de "microdéveloppements". Ces stratégies permettent aux gens de modifier eux-mêmes la situation en prenant leurs propres décisions. L'équipe de recherche, par ses propositions, crée une situation où le public est amené à se rendre compte que la liberté du choix est une chose qui compte. Il découvre alors que son avantage est de choisir la solution privée et non le "service public". Ces choix, en s'accumulant, finissent par créer une réalité nouvelle. Les révolutions les plus sûres sont celles que les personnes font elles-mêmes au cours du temps ; celles qu'on appelle des "évolutions".[20] »

           En résumé, l’introduction des neurosciences dans l’éducation, en voulant imposer certaines pratiques, fait passer les réformes néolibérales des politiques publiques pour des conséquences logiques et objectives, offertes par la science qui oriente les choix de chaque citoyen éclairé par les experts nouvellement nommés de sorte à réaliser un état de concurrence naturalisé. Les sciences neurocomportementales rendent ici possible un renversement complet de la participation citoyenne à la délibération démocratique. Elles légitiment une proposition politique qui se veut « révolutionnaire » en mettant en avant des pratiques éducatives dont le principal intérêt revendiqué va être de protéger l’enfant des systèmes de régulation des inégalités de sorte à « libérer les énergies de son développement cognitif selon ses lois naturelles ». La privatisation qui était jusqu’à présent commandée par un simple réalisme dans la rhétorique néolibérale classique devient maintenant la conséquence naturelle des dernières découvertes scientifiques.

Le Délégué interministériel à la transformation publique ne dit pas autre chose quand il vante l’intérêt des sciences comportementales pour réformer l’action publique :

« La recherche permanente de la satisfaction des usagers est un impératif pour renouveler la relation de confiance entre l’Etat et ses citoyens. Face au sentiment d’une dégradation des services publics, l’administration doit agir vite et fort. »  […] « Être plus ingénieux et plus ouvert, proposer des solutions adaptées aux comportements réels et aider nos concitoyens à prendre une décision éclairée tout en préservant leur liberté de choix : c’est ce que nous enseignent les sciences comportementales en replaçant les attentes et les pratiques des usagers au cœur de la fabrique de la décision publique.[21] »

 C’est donc parce qu’elles permettent de déplacer un souci structural du champ social pour en faire un problème comportemental individuel qu’une méthode pourra résoudre que les sciences neurocomportementales tendent à s’imposer comme « nouvelles modalités d’intervention de l’État dans l’économie » [22]. De nombreuses propositions de l’actuel gouvernement de réformes des politiques publiques se retrouvent dans les rapports de l’Institut Montaigne dont le directeur, est un proche de l’actuel Président de la République. Un think tank comme l’Institut Montaigne, mais il y en a de nombreux autres à partir desquels nous pourrions faire le même type de remarque, a pour objectif d’influencer les décideurs des politiques publiques en diffusant des idées, « faire sauter les blocages archaïques », les « résistances au progressisme » et finalement réformer par les comportements. Constatant qu’il sera toujours plus efficace de rechercher une modification des comportements en agissant directement dessus que par un processus de délibération collective nous voyons des Thinks tanks progressivement évoluer et s’adjoindre les services de Nudge Units ou se modifier pour les intégrer au sein même de leurs instances et étendre ainsi leur influence sur les gouvernements, faisant des sciences neurocomportementales un levier politique d’un genre nouveau.


Ce que les sciences neurocomportementales doivent à la théorie néoclassique en économie

La question centrale va alors être de se demander pourquoi l’utilisation politique des sciences neurocomportementales se fait toujours suivant une même visée idéologique bien précise, visée d’autant plus difficilement critiquable qu’elle revêt des apparences d’objectivité naturaliste.

Un premier élément de réponse apparaît sitôt que l’on remarque comment la promotion des neurosciences comme théorie hégémonique représente un bénéfice, sous la forme d’un apport idéologique majeur pour la doctrine économique dominante. La théorie économique dite théorie néoclassique issue des théories de l’école de Chicago se fonde sur le postulat d’un agent économique pleinement rationnel que l’on désigne habituellement par le terme d’homo oeconomicus.

Dans cette perspective, l’économie comportementale qui intègre les travaux des sciences neurocomportementales, a d’abord représenté une contradiction au modèle idéal de la théorie néoclassique en soulignant in fine que l’agent économique sur lequel se fonde la théorie néoclassique effectue des choix irrationnels. Elle s’est d’abord attachée à décrire cette irrationalité comme le résultat de biais cognitifs puis a proposé des moyens de les corriger. Si,  R. Thaler s’est vu décerner en 2017 l’équivalent du prix Nobel d’économie pour sa théorie des Nudges[23] il faut y voir le signe que, loin de remettre en cause la théorie économique dominante, l’économie comportementale proposait justement de remédier à cette irrationalité en corrigeant ce qu’elle reconnaissait comme « biais comportementaux »[24]. Elle doit finalement son succès principalement aux possibilités qu’elle offre de sauver la théorie économique dominante en proposant des outils pour corriger l’irrationalité de l’agent économique réel et le faire se rapprocher de l’agent économique idéal du modèle néoclassique.

En clair : si le modèle économique dominant ne tient pas ses promesses, il faut y voir les effets des biais comportementaux de l’agent économique, non le résultat de défaillances du modèle idéologique et l’économie comportementale a le mérite d’offrir des outils pour « rationaliser » l’agent économique selon sa raison attendue. C’est le mouvement même du néolibéralisme qui cherche à homogénéiser l’ensemble des champs sociaux autour de la théorie néoclassique aux prix de distorsions de la réalité voir de son déni le plus massif.



Les images de son cerveau auront beau être des plus fascinantes, l’homme neuronal aura toujours pour horizon normatif indépassable l’homo oeconomicus. © Benjamin Royer

De là, découle que si en économie les sciences neurocomportementales ont servi d’argument d’autorité à la théorie économique dominante, elles ont en retour été sanctionnées d’un pouvoir symbolique fort. C’est une forme de bénéfice mutuel qui se dessine ici entre l’essor des sciences neurocomportementales d’une part et l’idéologie néolibérale d’autre part. Nous comprenons ainsi pourquoi dès qu’une discipline de science humaine, sous prétexte de pluridisciplinarité dans un projet de recherche, veut gagner en légitimité en intégrant une partie « neuro », elle finit toujours par être absorbée par les neurosciences, au point de devoir se plier à un cadre conceptuel qui lui est pourtant parfois incompatible et de voir son épistémologie singulière confisquée[25]. Pour la même raison, lorsque les sciences neurocomportementales sont appelées pour arbitrer entre des positions opposées et structurantes de la conflictualité interne propre à une discipline de sciences humaines, elles produisent toujours un arbitrage en faveur des thèses les plus conservatrices destituant ensuite, à l’échelle de l’ensemble de la société, la légitimité d’imaginaires sociaux alternatifs. L’énergie que mettent les sciences neurocomportementales à se développer de façon monopolistique au sein d’une discipline dans des rapports violents de conquête concurrentiels avec d’autres approches puise sa source dans la répétition de l’institutionnalisation d’un rapport de force qui est d’abord économique avant d’être épistémologique.

De façon générale, la guerre actuelle de légitimité scientifique qui sert depuis les années 90 à restructurer les rapports de domination à l’intérieur des sciences humaines critiques entre « sciences dures » et « sciences molles » est en réalité un déplacement des conflits internes à la discipline économique sur laquelle les autres sciences sont contraintes de s’aligner. Nous l’avons constaté dans le champ du soin à travers la façon dont elles ont fait leur place dans un rapport de force très agressif vis-à-vis de la psychanalyse (notamment autour de l’autisme), de la pédagogie avec des attaques très violentes contre la science de l’éducation et de la formation mais aussi de la sociologie où les neurosciences sont censées jouer scientifiquement en défaveur de de la sociologie critique de P. Bourdieu. En définitive, la guerre n’est pas celle des sciences du cerveau contre la psychanalyse mais de la théorie néoclassique de la science économique contre les possibilités d’alternatives que le néolibéralisme s’attache à confisquer dans nos imaginaires. C’est dans la constitution de tels contrats silencieux que le néolibéralisme se renforce, s’appuyant sur la manière par laquelle la théorie économique dominante peut venir coloniser des imaginaires qui pourraient lui être tout aussi bien opposés.

Pour expliquer l’accession à des positions de reconnaissances institutionnelles de représentants des sciences neurocomportementales, il n’est tout compte fait nul besoin d’invoquer la prétendue efficacité prouvée des sciences neurocomportementales, ni même leur scientificité. L’une et l’autre ne sont que des arguments autoréférentiels performatifs. Les neurosciences sont plus efficaces et plus scientifiques car elles ont concouru à définir ce qui est économiquement utile de décrire comme « la science » et comment doit se prouver « l’efficacité ». Il suffit pour s’en convaincre de constater le nombre surprenant de blogs de coachs en développements personnels qui se présentent comme « experts en neurosciences » (et/ou en « physique quantique » pour certains !) ou bien l’apparition récente dans une publicité pour cosmétiques de la mention « permet une amélioration de la confiance en soi prouvée par des chercheurs en neurosciences ».

 Altérer et instituer à partir des praxis et du droit

À partir de ces remarques, un champ d’analyse critique nouveau peut s’ouvrir qui consistera à faire une lecture du néolibéralisme et de ses formes actuelles à partir de ce que les neurosciences apportent en termes de nouvelles technologies d’ingénierie politique[26]. Il s’agirait de produire un récit en contrepoint du récit mythique bien souvent « anachronique et triomphaliste[27] » des neurosciences comme conquête neuronale de l’ouest. Ainsi serait mis en lumière ce que les sciences neurocomportementales doivent non pas à la psychologie mais aux sciences économiques et la manière dont elles se sont construites sur une hybridation entre les paradigmes biologiques aux déterminants naturalistes de la psychologie et le réductionnisme de l’économie dite mainstream. Ainsi comprendre comment l’institutionnalisation elle-même de la discipline s’est faite dans un mouvement d’incorporation de la science économique et replacer nombre de débats scientifiques actuels dans les jeux de forces qui les ont vu se cristalliser pour comprendre comment aujourd’hui les clivages dogmatiques présentés recouvrent en réalité d’autres formes de conflit qui sont des points de fragilité du néolibéralisme des crises précédentes. Ainsi ouvrir à de nouvelles stratégies.

 Le néolibéralisme produit une grande violence sociale et différentes disciplines seront à l’occasion utilisée pour rendre de moins en moins pensable une violence moins incarnée, centralisée. Il est alors nécessaire de réaffirmer que les pratiques de soins font le lien entre la théorie qu’une civilisation se donne de ce que sont la folie et la souffrance psychique d’une part et son degré d’hospitalité qui y fonde le lien social d’autre part. Si une société décrète que la folie est une dégénérescence, alors la pratique est celle de la stérilisation et des chambres à gaz et le lien social est le meurtre. Si une société décrète que la folie est un trouble neurodéveloppemental purement biologique, alors la pratique est un protocole sans parole, le soin passe par la contention et le lien social est perverti. C’est ainsi que la Ministre de la santé a affirmé à l’Assemblée Nationale qu’il ne pouvait y avoir d’usage abusif de la contention et de l’enfermement dans les hôpitaux français sous prétexte que ceux-ci font l’objet d’une démarche de certification[28]. Rappelons que les deux dernières Recommandations en urgences émises au sujet d’établissements de santé (Bourg-en-Bresse et Saint-Etienne) par la Contrôleure Générale des Lieux de Privation de Liberté[29] (procédure exceptionnelle pour dénoncer une violation grave des droits) concernaient des lieux parfaitement conformes à la démarche de certification.

Partant du constat que l’une des contradictions internes les plus fortes du néolibéralisme et source de son autoritarisme est qu’il rend opposable la liberté au respect des droits fondamentaux, faire de la lutte pour le respect des droits fondamentaux le terrain privilégié pour conflictualiser les oppositions sur les pratiques semble une piste particulièrement féconde. C’est celle de la lutte menée par le CRPA, Cercle de Réflexion et de Proposition d’Actions sur la psychiatrie, depuis de longues années pour la défense des droits fondamentaux de personnes psychiatrisées. Cette démarche constitue politiquement une avancée majeure tout à fait novatrice et féconde, dont il semble pourtant que nous tardons à prendre collectivement la pleine mesure. Historiquement, ainsi que le rappelle son président, A. Bitton, c’est par le biais de luttes contre les internements abusifs que les premières paroles de patients émergent pour rendre audibles la voix des psychiatrisés dans l’espace public au sein du Groupe Information Asiles[30]. Rappelons que cette lutte a été à l’origine de rien de moins que l’introduction d’un contrôle judiciaire des hospitalisations sous contraintes sans consentement comme mesures privatives de liberté au terme de saisies du conseil constitutionnel. Elle aura produit du droit.

Ensuite, le discours de casse du service public a récupéré à son compte une critique des institutions des années 70 favorisant un grand mouvement de désinstitutionalisation. Force est de constater que si les institutions en tant que lieux sont moins représentées, les effets de pouvoir sur les sujets n’en sont pas pour autant plus légers. Les institutions sont en réalité invisibilisées, remplacées par des plateformes, rendant plus difficile d’en faire des lieux de contre-pouvoir, de subversion. Le développement des sciences neurocomportementales favorisent ce mouvement d’invisibilisation des tensions internes propres au champ social. Dès lors, un point de départ de toute action est de faire réapparaitre des scènes publiques dans et par l’action pour y mettre en lumière les effets de domination et faire vivre des institutions comme opérateur collectif d’une altération des imaginaires dominants institués[31]. Enfin, les contestations sociales face aux réformes structurales doivent s’incarner dans des radicalités transformatrices qui s’affirment dans leur hétérogénéité et aux logiques de marché et aux tentatives de récupération. Ouverture fondatrice de pratiques collectives vivantes et émancipatrices dans laquelle le travail reste une expérience humaine collective de transformation du monde et de soi inscrite dans un contexte social historique auquel s’articule nos existences singulières[32]. Cela passera par l’institution de lieux à partir de la transformation du déjà-là et en suivant l’impératif d’étanchéité aux logiques de marché, constituer, par exemple, le service public comme ZAS (Zone à soigner) milieu-environnement qui nous soigne et dont nous devons prendre soin de sorte que s’y déploient la réinvention d’un service public sur lequel réinstituer de la démocratie.

[1] Sous le terme « neurosciences » sont actuellement mélangées abusivement dans le langage courant des disciplines qui répondent à des épistémologies pourtant différentes de la psychologie expérimentale : psychologies cognitives, comportementales ou neurosciences. Nous lui préférerons ici le terme de « sciences neurocomportementales ».

[2] S. Lemerle, Le biologisme comme griffe éditoriale. Sociologie de la production des éditions Odile Jacob 1986-2001, in Sociétés contemporaines, 2006/4 (no64), p. 21-40.

[3] La sociologue Eva Illouz propose le terme de marchandises émotionnelles, E. Cabanas et E. Illouz, Happycratie. Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, trad. F. Joly, Paris, Premier Parallèle, 2018.

[4] « Les neurosciences sont ainsi apparues comme produit d’appel au sein des nombreuses collections scientifiques alors lancées par des éditeurs généralistes pour des raisons relevant à la fois de l’opportunisme commercial et de la motivation idéologique », S. Lemerle, Une nouvelle « lisibilité du monde » : Les usages des neurosciences par les intermédiaires culturels en France (1970-2000), Revue d'Histoire des Sciences Humaines, 2011/2 (n° 25), p.50.

[5] https://printempsdelapsychiatrie.org/

[6] M. Leboyer, J.M. Llorca, Psychiatrie : l’état d’urgence, Paris, Fayard, 2018.

[7] Rapport d'information déposé en application de l'article 145 du règlement, par la commission des affaires sociales, en conclusion des travaux d'une mission d'information relative à l'organisation de la santé mentale, n° 2249, déposé(e) le vendredi 20 septembre 2019, consultable sur : http://www.assemblee-nationale.fr/15/rap-info/i2249.asp. Pour une analyse du rapport, nous renvoyons aux remarques de M. Bellahsen : https://commedesfous.com/mathieu-a-lu-le-rapport-wonner-fiat-septembre-2019-sur-la-psychiatrie/

[8] Des patients et des soignants « furieux » de la couverture médiatique de leur journée d’action, tribune sur Bastamag.

[9] J. -M. Blanquer, l’Ecole de demain, Odile Jacob, Paris, 2017.

[10] Voir l’analyse qu’en propose P. Devin, inspecteur de l’Education Nationale, P. Devin, Science et pédagogie : déformations et impostures (2) "Agir pour l'école" et PARLER sur le site Mediapart.

[11] La mention est répétée plusieurs fois sur le site de l’association.

[12] https://www.programme-parler.com/

[13] Une école réformée par les RH, http://www.agirpourlecole.org/tag/pacte-de-confiance/

[14] C. Alvarez, Les lois naturelles de l’enfant. La révolution de l’éducation à l’école et pour les parents, Paris, Les Arènes, 2016.

[15] Voir l’enquête de L. De Cock, Céline Alvarez, le business pédagogique, Revue du Crieur, n°6, février 2017, p. 102. Disponible sur Mediapart.

[16] Voir l’excellent dossier de A. Chevarin et G. Chambat, De Montessori aux neurosciences, offensives contre l’école du commun, N’Autre école, numéro spécial Hiver 2018-2019, Paris, Editions Libertalia, 2018.

[17] Mettre ici un chiffre entre 5 et 15 selon l’heure à laquelle vous faites votre conférence.

[18] Mettre ici le nom d’un pays. De préférence un pays scandinave.

[19] D. Madsen Pirie, La micropolitique, comment faire une politique qui gagne, trad. F. Guillaumat, Les Belles lettres, Coll. « Laissez-faire », 1988, p. 365.

[20] D. Madsen Pirie, Micropolitique p. 285. Voir l’analyse que G. Chamayou en propose dans son ouvrage remarquable, La société ingouvernable. Une généalogie du libertarisme autoritaire, Paris, La Fabrique, 2018, pp. 248-261. Il conclut : « La micropolitique néolibérale vise à produire des effets sur la conscience et sur l’action. Altérer radicalement les capacités de penser et les manières d’agir, ceci à un niveau anthropologique. Telle est la radicalité de ce à quoi nous sommes confrontés. » Ibid., p. 261.

[21] T. Cazenave, Sciences comportementales et politiques publiques, inciter plutôt que contraindre, sur le site https://www.modernisation.gouv.fr/sinspirer-pour-transformer

[22] N. Vallois, Neurosciences et politiques publiques : vers un nouvel interventionnisme économique ?, in Revue de philosophie économique, vol. vol. 15, no. 2, 2014, pp. 131-175.

[23] Les nudges ou « coup de pouce à la décision », consistent en une modification des possibilités de choix, de sorte que la personne adopte le comportement attendu d’elle.

[24] Voir sur ce point H.Bergeron, P. Castel, S. Dubuisson-Quellier, J. Lazarus, É. Nouguez, O. Pilmis, Le biais comportementaliste, Paris, Presses de Science Po, 2018. Voir aussi le site internet en complément du livre, https://lebiaiscomportementaliste.com/blog/

[25] Il me semble pertinent de parler ici d’impérialisme neurocomportemental comme on a pu parler d’impérialisme économique.

[26] P. Dardot et C. Laval proposent ici le terme de neuropolitique, in M. Blay et C. Laval, Neuropédagogie. Le cerveau au centre de l’école, Paris, Tschann & Cie, Paris 2019, p.13-14.

[27] J. M. Abi-Rached et N. Rose, Historiciser les neurosciences, in B. Chamak et B. Moutaud (dir.) Neurosciences et société : enjeux et pratiques des savoirs sur le cerveau, Paris, Armand Collin, 2014, p. 51.

[28] F. Ruffin, Un député à l’hôpital psychiatrique, Fakir Editions, Amiens, 2017, p. 105.

[29] Recommandations en urgence relatives au centre psychothérapique de l’Ain (Bourg-en-Bresse), et au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne (Loire), consultables sur le site internet du C.G.P.L., http://www.cglpl.fr/

[30] « Quand on examine attentivement l’histoire du développement des associations d’usagers en psychiatrie en France, on ne peut que constater que la prise de parole autonome et volontaire de personnes psychiatrisées, se fait historiquement tout d’abord par le biais de la lutte contre l’internement psychiatrique abusif », A. Bitton, Intervention lors d’un colloque du Collectif Contrast. Retour sur un parcours militant, http://psychiatrie.crpa.asso.fr/665.

[31] Pour un exemple de la façon dont une pratique institue d’autres imaginaires, par exemple à l’université à partir de la rencontre entre un  groupe de patients et d’étudiants, voir B. Royer, Des praxis instituantes comme enjeu d’une réinvention démocratique, Connexions, vol. 111, no. 1, 2019, pp. 37-48.

[32] Les réunions régulières du TRUC, Terrain de Rassemblement pour l’Utilité des Clubs, en sont un merveilleux exemple. http://pagedutruc.unblog.fr/


 Sources :
https://blogs.mediapart.fr/royer-benjamin/blog/011119/les-sciences-neurocomportementales-nouvelle-avancee-du-neoliberalisme?fbclid=IwAR05YuKsVAT02IIKiyl6khT4PbngxBf4r4FaxnjRhnvOqTqOFYMM7SB3RJg