dimanche 23 avril 2017

Des ateliers de cuisine-thérapie pour mieux se connaître.3.


“Je suis bonne pâte”
Ça veut dire : être accommodant, docile, serviable, gentil. Trop ? Cette expression qui évoque un caractère malléable – comme la pâte à tarte – est pour certains synonyme d’attitude influençable et soumise.

En cuisine : suivez-vous les recettes à la lettre ? Optez-vous toujours pour les mêmes plats par crainte de mal faire ou pour vous assurer de ne pas décevoir vos convives ?

L’expérience de Caroline, 47 ans : « J’ai hésité avec “être bonne poire” mais je trouvais cette expression péjorative. L’image de la pâte à pain blanche m’a attirée. Je l’ai choisie car elle correspond à ma personnalité, avant de faire le lien avec mon ancien métier : pâtissière ! J’ai tendance à dire oui, à me fondre dans la masse, à rendre service. Mon mari me dit que j’en fais trop pour les autres. En atelier, j’ai réalisé un crumble aux pommes en mettant la pâte à l’intérieur de la pomme évidée. Et j’ai rajouté du poivre pour faire plaisir à une participante qui adore ce condiment. J’aime cuisiner pour les gens. C’est le bonheur de malaxer la pâte qui m’a guidée. Je trouve ça déstressant et thérapeutique. Je me demandais si ce tempérament “bonne pâte” était une bonne chose ou pas. J’étais sur le point d’arrêter de me laisser faire. Mais cet exercice m’a permis de me mettre en accord avec moi-même. Ce trait de caractère est un atout : c’est ce que les autres apprécient chez moi. Maintenant, je voudrais comprendre pourquoi je le suis en société et pas du tout en famille. Moi aussi parfois j’aimerais qu’on me fasse à manger. C’est une problématique qui reste à creuser. »

“J’en ai gros sur la patate”
Ça veut dire : être malheureux ou déçu, ressentir du dépit ou de la rancune. Cela s’exprime soit par de la tristesse ou de l’abattement, soit par de la colère ou une hyperactivité.

En cuisine : cette hypersensibilité vous fragilise-t-elle au point de manquer d’idées de recettes ou, au contraire, d’imposer votre plat fétiche ?

L’expérience de Céline, 40 ans : « Cette expression était très parlante pour moi fin 2015. J’avais vécu une période cauchemardesque, avec le deuil d’une amie, une déprime post-partum, une relation conflictuelle avec mon père, et l’entrée dans la quarantaine. Alors que j’ai un tempérament enthousiaste, je sentais un énorme poids me tomber dessus, et je me suis dit qu’il fallait que je “crache” cette phrase que je n’aime pas. Je la visualisais telle une patate difforme au visage renfrogné, avec la tête enfoncée dans les épaules et perdue dans un brouillard vaporeux. J’ai écrasé grossièrement des pommes de terre et des morceaux de carotte, les ai rassemblés en montagne… et je leur ai tapé dessus ! Il faut dire qu’en début d’atelier l’atmosphère quasi méditative m’a permis de lâcher des litres de larmes. J’étais tremblotante et triste, moi qui préfère garder les pouces en l’air pour indiquer que tout va bien. Le message a pris sens lors du débriefing. J’ai senti qu’il fallait que j’arrête de croire que ça allait passer. Exprimer que j’en avais gros sur la patate était un soulagement. Ça m’a incitée à consulter mon psychiatre et à accepter de prendre un traitement chimique. Jusque-là, je voulais donner la priorité au projet d’avoir un quatrième enfant. J’ai réalisé que ça devait passer au second rang car ma famille allait en pâtir. J’ai remis les choses en ordre. »

“Je suis au four et au moulin”
Ça veut dire : se plaindre de ne pas pouvoir s’adonner à plusieurs occupations en même temps. Cette sensation d’être tiraillé donne l’impression d’être débordé ou incapable de faire comme il faut. Elle paralyse ou disperse l’énergie.

En cuisine : acceptez-vous de ne pas agir pendant que vos oignons rissolent dans la poêle ? Mettez-vous tous les plats à cuire en même temps ? Supportez-vous la frustration et les petits ratés (le trop cuit, trop mou…) ?

L’expérience d’Annabelle, 37 ans : « C’était ce que je vivais cette semaine-là. J’essayais de travailler à la maison et mon fils me le reprochait. Passionnée par mon métier, je cours sans arrêt pour remplir mes objectifs professionnels et je veux assurer en tant que maman. Je me sens écartelée, c’est fatigant. À force de vouloir tout faire, on n’est jamais totalement présent à ce qu’on fait. Alors j’ai décidé de confectionner une salade de courgettes avec une recette salée pour symboliser le travail (en ajoutant endives, tomates et fromage) et sucrée pour la maison (avec des pommes, du miel et des noisettes). Et je ne les ai pas mélangées. J’ai compris que le secret était de compartimenter ces deux sphères. J’ai choisi cette expression à l’instinct et elle m’a obligée à me recentrer sur moi. Non seulement l’atelier m’a permis d’être plus créative en cuisine, mais il a aussi eu un impact sur mon organisation. Aujourd’hui, je sors plus tôt du travail pour me consacrer à mon fils les jours où j’en ai la garde. »

Sources :
http://www.psychologies.com/Therapies/Developpement-personnel/Methodes/Articles-et-Dossiers/Des-ateliers-de-cuisine-therapie-pour-mieux-se-connaitre/7-Je-suis-bonne-pate

Des ateliers de cuisine-thérapie pour mieux se connaître. 2.


La cuisine-thérapie d’Emmanuelle Turquet repose, quant à elle, sur l’exploration d’une émotion qui, consciemment ou pas, fait écho à une problématique personnelle. Et sa démarche la propulse bien loin de la culinothérapie ! Le mot d’ordre ici : se libérer des recettes toutes faites, des diktats nutritionnels qui nous culpabilisent et de la cuisine spectacle façon Top chef, prompte à nous complexer. « Aborder différemment cette pratique permet de baisser la garde du mental et de se reconnecter à soi », explique l’art-thérapeute, elle-même ex-orthorexique. Tout est permis. Mais la voie de la créativité n’est pas toujours facile… « Je me souviens d’une participante assez réservée qui se tenait les bras croisés. Lors du débriefing, elle a déclaré à propos de son premier plat, sur le thème de “la carotte voyageuse” : “Ce n’est pas la peine d’en parler.” C’est en l’invitant à exprimer son ressenti au travers d’une deuxième recette qu’elle a pu sortir sa colère, en réalisant une purée sucrée-salée. »

Déguster en pleine conscience et accueillir ce qui vient

Nous savons que notre cuisine nous ressemble. Elle parle notamment de nos goûts et de notre culture. Pratiquée en séminaire d’entreprise, elle peut révéler nos stratégies d’entraide, nos capacités de leadership (qui est le chef, qui est le commis ?), notre esprit d’initiative et d’innovation. Mais improviser sur « la courgette amoureuse » ou « les poires se prennent pour des stars » sans sa petite épicerie habituelle, voilà qui nous pousse dans nos retranchements ! « Il faut accepter de ne pas savoir à l’avance », encourage Emmanuelle Turquet. Chacun de ses cours débute d’ailleurs par une phase de relaxation ou de dégustation en pleine conscience pour « laisser le cerveau au vestiaire ». « Ma seule ambition est d’accompagner les gens dans leur cheminement. Le contenu de l’atelier n’est donc pas programmé à l’avance. J’accueille ce qui vient, et certains repartiront avec plus de confiance en eux, d’autres auront contacté des émotions enfouies ou pris conscience de certains fonctionnements toxiques pour eux », dit-elle. Dans ce contexte créatif et libérateur, la cuisine n’est pas seulement symptomatique de notre tempérament, de notre humeur ou de notre mode de relation aux autres. Elle donne l’appétit de dire ce que nous avons sur le cœur et peut aussi être un vrai catalyseur de transformation personnelle. Une quête de soi à déguster sur place ou à faire mijoter à feu doux en psychothérapie !

Exercice :
Cuisinez-vous !

“Se mettre la rate au court-bouillon”, “être soupe au lait”, “dur à cuire”… Que nous les employions souvent ou qu’elles fassent écho à notre humeur du moment, certaines expressions peuvent nous aider à évoluer. Choisissez-en une que vous connaissez. Demandez-vous pourquoi elle vous parle, quel sens vous lui donnez, ce que vous aimez ou pas dans ces mots. Écrivez vos réflexions. Puis, comme Caroline, Céline et Annabelle, qui ont réalisé cet exercice lors d’un atelier, explorez ce ressenti en cuisine : épluchez, cuisez, mariez, épicez, disposez les ingrédients à votre guise. Comment vous sentez-vous à présent ?

Sources :
http://www.psychologies.com/Therapies/Developpement-personnel/Methodes/Articles-et-Dossiers/Des-ateliers-de-cuisine-therapie-pour-mieux-se-connaitre/4

Des ateliers de cuisine-thérapie pour mieux se connaître. 1.

Comme l’art ou la musique, la cuisine peut aider à dépasser ses souffrances. Une démarche originale, à l’image des ateliers Papilles créatives de la thérapeute Emmanuelle Turquet, qui donnent l’appétit de dire ce que nous avons sur le cœur.

Agnès Rogelet

Sur une planche en ardoise, deux figues découpées en quartiers sont disposées telles des fleurs côte à côte. Elles sont rouges comme l’amour. L’une d’elles repose sur des lamelles de parmesan dont certaines envahissent le cœur. L’autre trône sur un piédestal de tomates et de fraises. La première, un peu chaotique, représente Patricia, la seconde, son compagnon, bientôt à la retraite. « On est très différents et il va falloir que je trouve ma place », décrypte cette Parisienne de 61 ans en concevant son plat face à Emmanuelle Turquet, art-thérapeute également formée à la programmation neuro-linguistique (PNL), à l’analyse transactionnelle et… à la cuisine. « Cette séance individuelle lui a permis d’affronter l’angoisse de vivre avec un futur retraité. En composant son assiette, elle a réalisé qu’elle devait faire entendre sa voix posément et se mettre davantage à l’écoute de l’homme qui partage sa vie pour éviter les tensions dans son couple », relate la praticienne en relation d’aide, qui propose depuis un an des ateliers de cuisine-thérapie ouverts à tous.

Cuisiner est moins impressionnant pour un néophyte que le dessin, le théâtre ou la musique. À défaut d’être un cordon-bleu, nous avons tous déjà préparé un gâteau et savons éplucher une pomme. En milieu hospitalier, cet acte familier et convivial accompagne désormais le traitement des addictions, de la dépression, de la maladie d’Alzheimer ou des troubles alimentaires (anorexie, obésité…). On parle alors de « culinothérapie ». « Autrefois, on se contentait d’inviter les patients à faire des crêpes. Ce terme est apparu dans les années 1990 pour désigner des ateliers plus structurés, fonctionnant comme un groupe de parole où l’on occupe les mains », décrit Hélène Chevalier, diététicienne et formatrice à Irfa Évolution.

Se sentir utile et revaloriser son image

Encadrés par un diététicien, un infirmier, un auxiliaire de vie, un psychomotricien ou un animateur, auquel s’ajoute parfois un éducateur ou un psychologue, les participants préparent tout ou partie d’un repas : choix du menu, courses, cuisine, dressage de la table et dégustation. Exercer sa motricité en maniant des ustensiles, développer ses capacités mentales par le calcul des proportions, et ses facultés cognitives en faisant appel à la gestion du temps et à la concentration, stimuler les sens, la mémoire et la communication par l’échange de recettes… La cuisine offre un support thérapeutique très riche. Elle réinscrit ces patients « marginalisés » par leur pathologie dans un rituel teinté de plaisir et de savoir-vivre, tout en leur procurant le sentiment d’être utile. Comme pour chacun de nous, cette activité réveille le désir et, par l’accomplissement d’une « œuvre », valorise l’image de soi.

Sources :
http://www.psychologies.com/Therapies/Developpement-personnel/Methodes/Articles-et-Dossiers/Des-ateliers-de-cuisine-therapie-pour-mieux-se-connaitre

vendredi 21 avril 2017

Maison de retraite : vers la fin des repas tout mixés pour les personnes âgées ?


Le spécialiste de la restauration collective Sodexo lance ce jeudi un programme pour mettre fin au recours trop systématique à la nourriture en bouillie dans les maisons de retraite.

«C'est une petite révolution !» Si Florence Vichi, qui dirige une maison de retraite près de Saint-Etienne (Loire), s'enthousiasme tant d'avoir pu servir des morceaux de foie gras à quasiment tous ses pensionnaires à Noël, c'est que 30 à 40 % des personnes âgées vivant en établissement médicalisé sont soumis à un régime peu enthousiasmant : leurs repas sont passés au mixeur. Objectif : limiter les fausses routes, c'est-à-dire le passage d'aliments dans les voies respiratoires.

Une fatalité contre laquelle s'élève le prestataire de restauration collective Sodexo. Il lance aujourd'hui, après deux ans de recherche et de test dans des établissements pilotes, un programme pour favoriser l'alimentation classique avec de vrais morceaux. «Le problème du mixé c'est non seulement le goût. Mais manger en bouillie, c'est stigmatisant, c'est comme passer de l'autre côté d'une barrière», poursuit Florence Vichi. Son établissement, la Maison d'Annie, a fait partie des premiers testeurs de ce programme élaboré avec des orthophonistes et le chef étoilé Michel Bras.

La bouillie favorise la perte d'appétit

«Dès qu'un pensionnaire tousse, ou présente des difficultés de mastication, le personnel a tendance à lui donner de la nourriture mixée de crainte qu'il ne s'asphyxie. Mais, cela n'est nécessaire que dans certains cas précis, comme après un AVC», explique Yann Tannou, orthophoniste à Muret (Haute-Garonne). S'appuyant sur une étude américaine de 2005, il avance même que 61 % des plus de 60 ans décédés par asphyxie alimentaire avaient ingurgité une texture mixée ou hachée. Cette texture peut aussi avoir des effets néfastes : «Comme les muscles de la mastication ne sont plus stimulés, on risque d'accélérer la perte d'autonomie. Sans compter que l'aspect de la bouillie favorise la perte d'appétit, voire la dénutrition.»

Le chef Michel Bras est allé jusqu'à remettre du pain et du fromage au menu : «Ce sont des aliments qui parlent aux personnes âgées, à leur passé.»

Les cuisiniers de la Maison d'Anne, frustrés de passer leurs mets au mixeur, ont pu renouer avec le plaisir de faire leur métier. Les résidants, eux, se sont adaptés très rapidement. «On a tout de suite constaté qu'ils avaient plus de plaisir à manger, souligne Florence Vichi. Même s'ils ne sont pas tous en mesure de l'exprimer, on a eu des sourires, des assiettes vides... Cela nous a motivés.»


Les conseils anti-fausse route

Renoncer au mixé pour les personnes très âgées ou malades peut se faire à condition de respecter des règles précises établies par un collectif international de spécialistes. Comme couper des morceaux de 1,5 cm au maximum, assez petits pour ne pas obstruer les voies respiratoires. Par ailleurs, ne pas mélanger solide et liquide dans un même plat. Eviter la salade de fruits en boîte, par exemple. Il faut aussi mettre du liant pour rendre le tout homogène : une sauce dans la semoule ou le riz. Enfin, ajouter un élément gras ou humide pour éviter les textures collantes ou sèches qui peuvent laisser des résidus.

Sources :
Article de Camélia Echchihab dans le Parisien du 20 avril 2017
http://www.leparisien.fr/societe/maison-de-retraites-vers-la-fin-des-repas-tout-mixes-pour-les-personnes-agees-20-04-2017-6868941.php#xtor=AD-1481423551

Article proposé par Laurent OBON,  cuisinier et aratiste !

jeudi 13 avril 2017

Les Groupes de Recherche Associative de l'ARAT

Les GRA sont des groupes de recherche qui sont destinés aux adhérents de l'association ARAT. Ils sont animés par les adhérents et se réunissent une fois par an au mois de mai, au sein du Comité Scientifique de Recherche Associative, le CSRA.
Les recherches des GRA sont communiquées à l'ensemble des adhérents de l'ARAT


Les GRA sont des laboratoires de recherche  accrédités par le Collectif de l'ARAT :
GRA n°1 : L'art-thérapeutes face au vieillissement / animé par Fabienne Broll, IDE et art-thérapeute
GRA n°2 : Méditation pleine conscience et thérapie / animé par Bénédicte Cariière, art-thérapeute
GRA n°3 : Réflexions pour une ingénierie du métier d'art-thérapeute / animé par Jean-louis Aguilar , art-thérapeute

D'autres groupes sont en gestation, souhaitons qu'ils voient le jour (dar a luz) grâce à vous :
GRA : La psychosomatique
GRA : Liens entre art-thérapie et psychanalyse
GRA : Etre artiste ?
La prochaine réunion des GRA avec le CSRA aura lieu le samedi 20 mai 2017 à 15h à la MVA de Béziers.



Infos et inscriptions : asso.arat@gmail.com
Le collectif de l'ARAT

lundi 10 avril 2017

Le COMITE SCIENTIFIQUE de RECHERCHE ASSOCIATIVE de l'ARAT

Le CSRA se réunira le samedi 20 mai 2017 à 15h à la MVA de Béziers.


Le CSRA rassemble les adhérents de l'association ARAT, les membres du Bureau de l'association et les animateurs des GRA (Groupe de Recherche Associative). Il est l'organe interne et le moteur de notre recherche associative.

L’Association de Recherche en Art et Thérapie est une association pluridisciplinaire qui regroupe  des personnes qui s’interrogent sur les questions de l’Art, et en particulier sur l’utilisation de l’Art au service du soin.

L’ARAT se propose de donner la parole aux artistes et aux thérapeutes à parts égales, dans une recherche clinique de l’artistique au thérapeutique.
C’est une association autour des Arts et des Thérapies dans une ouverture au monde sans exclusion, pour une rencontre des possibles.

Les thèmes de recherche sont orientés vers les médiations artistiques, thérapeutiques et culturelles :
Art, Culture et Patrimoine
Psychiatrie, Psychologie et Psychanalyse (apports cliniques)
Psychopathologie de l’Expression et Art-Thérapie
Psychothérapies médiatisées, Psychothérapie institutionnelle, etc…

Ce réseau  autour des Art et des Thérapies n’a d’autre ambition que le partage des savoirs, la convivialité pour l’amour de l’Art et la passion de la Thérapie !

Les GRA accrédités par l'ARAT pour l'année 2017 sont :

GRA1.L'art-thérapeute face au processus de vieillissement / l'Art-Thérapie en EHPAD animé par Fabienne Broll
GRA2. Méditation Pleine Conscience et Thérapie animé par Bénédicte Carrière
GRA3. Réflexions pour une ingénierie du métier d'art-thérapeute animé par Jean-Louis Aguilar

D'autres groupes peuvent voir le jour suivant l'investissement créatif des adhérents !
Le CSRA est réservé aux adhérents à jour de leur cotisation, mais toute personne qui le souhaite peut y participer en adhérant le jour de la réunion !

Infos complémentaires  par mail : asso.arat@gmail.com
Le collectif de l'ARAT

dimanche 26 mars 2017

Santé mentale : il n’y a vraiment aucune raison de crier « Vive la France »


Paris, le samedi 25 mars 2017 – 

Cette semaine ont été publiées les premières recommandations françaises sur le recours à la contention et à l’isolement en soins psychiatriques. La publication de ces préconisations est tout à la fois révélatrice d’une prise de conscience de la nécessité d’un cadre strict face à des pratiques qui peuvent facilement être l’objet de dérives mais aussi du retard de la France à édicter des règles précises en la matière. Ce phénomène est à l’image de l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis de la prise en charge des maladies mentales en France : à l’aube d’une évolution en profondeur (dont l’installation récente du Conseil national sur la santé mentale est une illustration marquante) et tout en même temps l’héritière de très longues années d’aveuglement et d’immobilisme qui ont construit un fort retard par rapport aux pratiques étrangères.

Alors que la campagne électorale bat son plein et que la santé mentale est loin de faire partie des priorités sanitaires des candidats. Sans oublier la complexité de la prise en charge de la maladie et sa gravité, le JIM donne la parole au Collectif schizophrénies. Celui-ci revient sur la situation qu'il juge déplorable des patients atteints de troubles psychiques graves en France, avant de constater les efforts (timides) accomplis récemment et d’espérer un véritable sursaut.

Par le Collectif schizophrénies*

Comment notre généreuse patrie des droits de l’homme traite-elle les deux millions de personnes vivant avec un trouble psychique sévère ? Citoyenneté, inclusion, égalité…La France n’assume en rien ce qu’elle prône.

« Liberté, Egalité, Fraternité » ? Quelle ironie ! 

Les chiffres sont même affolants : les soins psychiatriques sans consentement ont doublé en 10 ans et 92 000 patients par an sont enfermés contre leur gré (1) . Parallèlement, le recours à la contention et à l’isolement devient massif et se banalise (2) .

Un scandale qui a un versant moins visible : en France en 2017, il faut de l’ordre de 5 à 7 ans pour poser un diagnostic de schizophrénie. Pendant des années, la personne, souvent un jeune, est privée de sa liberté par la maladie : liberté de penser quand il est envahi par les hallucinations ou délires, liberté d'aller et venir quand la peur des autres l'enferme dans sa chambre et sa solitude, liberté d'agir, quand les déficits cognitifs l'empêchent d'établir le plus simple des plans d'action, de vivre, de poursuivre ses études ou de travailler… et ce tant qu’elle n’a pas accès à des soins et accompagnements adaptés.

Mais quand le soin arrive, c’est trop souvent sous la forme de la contrainte où parents et patients sont pris en otage par la psychiatrie publique et acculés à accepter des HDT (« hospitalisation à la demande d'un tiers »). Pour découvrir avec désespoir et colère des pratiques indignes dans bien des cas. Et subir le plus souvent des soins bornés à des prescriptions de médicaments qui transforment les patients dociles en zombies, et les récalcitrants en patients qui rechutent.


Beaucoup de soignants se satisfont d’un patient « calme » qui végète en institution ou à la maison sans projet ni espoir quand le but devrait être le rétablissement et l’inclusion de l’individu dans la vie sociale.

L’adresse d’habitation devient un numéro de loterie

Ce qui existe ailleurs pour toute situation grave de santé (prévention, services d’urgence qui se déplacent, unités de soins intensifs, accueil des proches, et surtout des recommandations et un encadrement des pratiques pour la prise en charge) n’existe pas pour la santé mentale.
Au sein même de la psychiatrie, l’inégalité entre usagers du service public semble érigée en principe : en l’absence de protocoles de soins et de guides de bonnes pratiques, l’adresse d’habitation devient un numéro de loterie. A l’image des taux de soins sans consentement qui varient de 1 à 10 selon les départements, les prises en charge psychiatriques sont totalement disparates en fonction du secteur et guidées semble-t-il par les seules croyances des soignants.

Imagine-t-on le Samu ne pas se déplacer et conseiller d’attendre que ça aille plus mal pour une urgence cardiaque ? Qu’un médecin ne donne pas le diagnostic de Sida parce que cette annonce serait trop difficile à entendre ? Qu’un oncologue propose à l’hôpital des soins inspirés par Rika Zaraï pour soigner un cancer ? Qu’un cardiologue dont les patients enchaîneraient AVC et infarctus continue son activité en toute tranquillité ?
En psychiatrie, rien de tout cela n’est impossible !
Et ce n’est pas sans conséquences.

Avec la densité de psychiatres par habitant la plus élevée d’Europe, et un système de sécurité sociale parmi les plus généreux, la France se place dans le groupe de tête des pays industrialisés pour le taux de suicide (plus de 10 700 suicides, 195 000 tentatives de suicide enregistrées par an), sachant que des troubles psychiques sont présents chez environ 90 % des personnes qui mettent fin à leurs jours. Un taux de suicide qui est par exemple le double de celui de l’Espagne et qu’on ne retrouve que dans les pays où le soleil ne se lève jamais ou bien où les armes à feu sont en vente libre !

Suicide mis à part, les personnes atteintes de schizophrénie connaissent une surmortalité scandaleuse, avec une espérance de vie réduite de 25 ans, du fait aussi de l’absence de soins somatiques. Alors qu’on sait parfaitement qu’elles présentent des risques aggravés de diabète, de maladies cardio-vasculaires ou respiratoires…

On ne compte plus les personnes souffrant de maladies mentales en prison ou à la rue.

Et même les patients vivant à leur domicile, soutenus envers et contre tout par leurs proches, sont le plus souvent synchronisés dans le handicap, gratifiés au mieux de la seule Allocation adulte handicapé (AAH) (une antichambre de l’exclusion)  avec des taux d’emploi dérisoires et une insertion sociale quasi inexistante.

Des oubliés de la fraternité

La schizophrénie touche 600 000 personnes en France et constitue la première cause de handicap des jeunes. A-t-on jamais vu en France la moindre action publique d’information ou de prévention, comme pour la grippe ou les intoxications au monoxyde de carbone ? Non.
La stigmatisation et la discrimination des personnes schizophrènes est gigantesque et générale. Elle ne tend pas à diminuer et se nourrit d’idées reçues erronées. A-t-on jamais vu des campagnes de sensibilisation ? Des actions dans la presse ? Oui… mais pas en France, où les médias et toute la société relaient en toute impunité des clichés aussi faux que destructeurs pour les personnes atteintes (3).

Au moins, pour ces maladies mentales si répandues et si handicapantes, y-a-t-il tout de même un effort public conséquent de recherche? Eh bien non ! Deux fois moins de recherche qu’en neurologie, pour une épidémiologie et un coût économique 2 à 3 fois supérieurs, une part de la recherche santé de seulement 4,1 % contre 7 % au Royaume Uni ou 16 % aux Etats-Unis.

Aucune priorité définie en santé mentale en France

Les troubles de santé mentale placés aujourd’hui par l’OMS au deuxième rang des causes mondiales de handicap pourraient occuper le premier rang à l’horizon 2020. Que fait la France face à cet enjeu de santé majeur ?

Depuis des décennies, les rapports publics ont beau s’entasser (4), réitérant les mêmes constats de dysfonctionnements et les mêmes préconisations récurrentes, il n’y a aucune priorité définie en santé mentale et encore moins de concrétisation au bénéfice des malades. La France, qui enregistre des taux d’hospitalisation à temps plein supérieurs à tous les pays voisins (5), continue de concentrer les moyens sur l’intra hospitalier au détriment de tous les accompagnements des individus dans leur environnement qui sont beaucoup plus efficaces.

Parce qu’elle est le trouble le plus sévère et le plus stigmatisé, la schizophrénie est emblématique des changements de politique à mener.
Certes il s’agit d’une maladie grave, mais comme pour le cancer ou le Sida, il existe des solutions thérapeutiques parfaitement identifiées au niveau international. Elles reposent sur de nombreuses comparaisons, un large éventail des meilleures pratiques disponibles à travers le monde, la variété et la traçabilité des preuves cliniques et scientifiques (6),(7).

Le CNSM, une occasion qui ne doit pas être manquée

C’est pourquoi le Collectif schizophrénies a salué l'installation du Conseil National de Santé Mentale (CNSM) par la ministre de la santé en octobre dernier comme une occasion rare, qui ne doit pas être manquée, de travailler enfin sur le retard français.

Enfin, dans le sillage du rapport de Michel Laforcade, se dessinent des avancées et une volonté de prendre en compte les recommandations internationales adoptées par la plupart des pays qui nous entourent. Enfin la santé mentale est affirmée comme une priorité ; enfin est mise en œuvre une très large concertation avec toutes les parties prenantes, enfin la volonté de conduire des réformes dans ce domaine sanitaire spécifique à forte dimension sociétale et éthique, enfin le projet de nouveaux textes sur les soins en psychiatrie, les derniers datant de plus de 25 ans.

Dans le cadre du CNSM, nous avons participé au groupe de travail chargé de la rédaction du décret fixant les priorités du projet territorial de santé mentale, et nous apportons notre entier soutien à ce projet présenté à la séance plénière du CNSM du 16 janvier.
Ce décret innovant est porteur d'avenir et d'espoir pour les usagers. Enfin on lit dans un texte officiel l’affirmation d’un objectif de rétablissement et d’inclusion sociale des patients, de soutien à l’emploi ordinaire et au logement, de prévention, d’interventions précoces, de réalisation de bilans et remédiation, d’accès à des soins somatiques adaptés, et l’inscription d’une vision désormais globale, sanitaire mais également médico-sociale et sociale des parcours de soins, avec la promotion de l’accès des personnes et de leur entourage à la psychoéducation, et la lutte contre la stigmatisation...

Appel aux candidats

Nous alertons les candidats à l’élection présidentielle : à la veille des élections présidentielles, la santé mentale en France est à la croisée des chemins.

La publication de ce décret tarde de façon regrettable et nous en attendons la publication le plus rapidement possible dans les termes de sa version présentée le 16 janvier dernier au CNSM.

Il faut assurer la bonne continuation du CNSM et la poursuite des avancées après les élections.
Il faut poursuivre comme prévu la rédaction de l’instruction précisant le décret : organiser précisément des prises en charges globales et sans rupture pour les personnes souffrant de troubles sévères et persistants, mettre en place le partage des meilleures pratiques reposant sur les données de la science, soutenir et encourager les équipes innovantes réparties sur le territoire de manière éparse.

Il faut que le CNSM s’attaque à l’ensemble des volets du retard français : décrochement de la recherche française, formations des médecins et autres acteurs du soin, information et sensibilisation de la population etc.
Nous soutenons la demande de l'Unafam, Santé Mentale France et Aire d’un plan psychique dans les programmes des candidats à la présidentielle. Et y demandons en son sein un volet spécifique pour les schizophrénies.

Droite, gauche, centre... la politique de santé mentale est l'affaire de tous les bords politiques.

Il est impossible, compte tenu de leur prévalence, que vous ne connaissiez personne qui souffre ou souffrira un jour d’une maladie mentale.
Les moyens de la psychiatrie publique doivent être sanctuarisés. Continuer de sabrer les budgets de la psychiatrie met à mal les valeurs qui fondent la République. Et même si vous n’avez pas la moindre empathie envers les personnes malades, ce serait faire injure à la seule motivation gestionnaire : en France, le fardeau économique que constituent les maladies mentales est estimé à 109 milliards d’Euros, et toutes les études montrent que les investissements en santé mentale sont éminemment rentables.

Mais on ne peut pas s'arc-bouter sur la seule question quantitative des moyens, en continuant d’éluder la question des objectifs, des résultats et partant, de l’utilisation des moyens existants, comme de trop nombreuses instances ont tendance à le faire.
Les personnes aujourd’hui malades ou qui le seront demain n’ont nul besoin d’idéologies, de gourous, ou d'âmes compatissantes mais de soins utiles qui leur permettent de reprendre le pouvoir sur leur vie, comme tout citoyen.

Au pays des Lumières, il est temps que toute la médecine publique, financée par les impôts des contribuables, repose sur des thérapeutiques validées scientifiquement, de vrais résultats évalués et publiés.

Ou sinon… quelle solution ?

Abandonner la psychiatrie aux plus pauvres et aux plus faibles et construire des solutions privées, laisser les praticiens has been au public, enrôler les soignants innovants et ouverts vers ce qui fonctionne au seul bénéfice de ceux qui pourront payer.

Abandonner nos valeurs, toute notion de progrès et assumer qu’on enterre le service public une fois pour toute.

A vous de nous préciser votre vision.

* Le Collectif schizophrénies regroupe six associations de patients et de familles de patients, Schizo ?... Oui !, Schizo Espoir, PromesseS, Schiz’osent être, Schizo Jeunes et Solidarité Réhabilitation.

[1] Les soins sans consentement en psychiatrie : bilan après quatre années de mise en œuvre de la loi du 5 juillet 2011 - Questions d'économie de la santé Irdes n° 222. Février 2017 - Coldefy M. , Fernandes S.

[2] Isolement et contention dans les établissements de santé mentale - Rapport du CGLPL, Adeline Hazan, mai 2016

[3 ]L’image de la schizophrénie à travers son traitement médiatique. Analyse lexicographique et sémantique d’un corpus de presse écrite entre 2011 et 2015. Etude L’ObSoCo-PromesseS -  Janvier 2016.

[4] Cf la liste des quinze rapports publics élaborés de 2000 à 2009 dans le rapport de M. DENYS ROBILIARD de décembre 2013

[5] The Economist-JANSSEN – 2014. L’étude classe la France à un niveau médiocre en termes d’intégration des personnes souffrant de maladies psychiques, bien loin de l’Allemagne et de l’Angleterre, derrière l’Espagne et juste devant l’Irlande et la Pologne. Plus grave, la France se classe 27ème sur 30 pour la rubrique « Désinstitutionnalisation », ce qui montre que ceux qui souffrent de maladies mentales continuent à être traités dans de longs séjours hospitaliers ou en institutions.

[6] Cf « Schizophrenia—Time to Commit to Policy Change »; « Schizophrénie, il est temps de changer de politique »- 2014.  Le rapport résume les résultats réunis par un groupe international d’experts sous l’égide de l’université d’Oxford, étayés de 217 références d’études, la plupart très récentes. Les auteurs ont rédigé 3 synthèses disponibles en 5 langues, dont le français dont l’une à destination des professionnels de la santé, sur la modification de la politique de soins et une autre à destination des décideurs, sous forme d’un appel à l’action, et rappelant le coût social et direct de l’inaction.

[7] Cf en France, le rapport du Centre de preuves en psychiatrie et en santé mentale – sept 2015 : « Données de preuves en vue d’améliorer le parcours de soins et de vie des personnes présentant un handicap psychique sous tendu par un trouble schizophrénique. »

Sources : Journal International de Médecine
http://www.jim.fr/medecin/jimplus/tribune/e-docs/sante_mentale_il_ny_a_vraiment_aucune_raison_de_crier_vive_la_france__164525/document_edito.phtml